Frans Mikael FRANZÉN

(1772-1847)

 

Finlandais de langue suédoise. Frans Michael Franzén est né le 09 février 1772 à Uleåborg. Il étudie à Åbo puis en Suède, à Uppsala, où il lit Kant. Admirateur de Anna Maria Lenngren et des préromantiques allemands, il publie ses premiers poèmes en 1793 dans le Stockholms-posten, et reçoit un prix de l’Académie Suédoise.

Professeur d’histoire à l’université, docteur en théologie, pasteur, il fut l’auteur de nombreux psaumes qui eurent un grand succès.

Chantre du romantisme léger et musical, et précoce : en 1793 la France ne connaît pas encore le romantisme...

Skaldestycken ( 7 vol. 1824-1861)

Aucun livre disponible en français.

 

Selma

C’était là, près de cette source,

Pourrai-je jamais l’oublier  ?

Voyez, ses bulles d’argent courent

Entre les mêmes fleurs encore.

 

Robe pourpre à la fin du jour

Etendue sur le ciel à l’ouest.

Entre les trembles je voyais

Le visage de la lune.

 

Las de chanter, de disparaître,

Le chanteur du printemps sombra,

Sombra mais pour de son aimée

Avoir un baiser, et bien plus.

 

Cette vue, qu’elle me touchait !

Mon cœur pourtant me semblait vide :

Personne, là, pour m’écouter,

Personne, pour me récompenser.

 

La lyre me tomba des mains ;

La couronne, avec joie nouée,

Je la jetai, et dans le sable

Volèrent les débris de feuilles.

 

Mais que vois-je ? est-ce délire ?

Est-ce vrai ? De nouveau entière

La couronne est près de ma lyre,

Avec une branche de Myrte.

 

Ciel, dis-moi, quelle ange-femme

Me laisses-tu voir sur la terre !

Je n’avais jamais vu ainsi

rougir, sourire et regarder.

 

C’était toi, qui, comme autrefois

Selma, était l'amie, la muse ;

Toi, si belle au loin déjà, qui

désormais me revenait là.

 

Assis-toi, écoute-moi jouer ;

Mais ne me fixe pas ainsi :

Sinon mes notes seront fausses ;

Elles manquent assez de justesse.

 

Chanterais-je avec ton génie,

Tes charmes innocents,

Je mépriserais les trésors,

Ainsi que les faveurs des rois.

 

Selma

 

Det var här vid denna källa,
Kan jag nånsin glömma den ?
Se, dess silfverbubblor välla
Mellan samma blommor än.

 

Purpursläpet efter dagen
Öfver vestra himmeln låg.
Mellan asparne i hagen
Månens anlete jag såg.

 

Trött att drilla och försvinna,
Vårens sångare sjönk ner,
Sjönk att af sin älskarinna
Få en kyss, och få än mer.

 

Denna syn, hvad den mig rörde !
Tomt mitt hjerta kände sig :
Ingen hade jag som hörde,
Ingen som belönte mig.

 

Lyran sjönk mig stum ur handen ;
Och den krans, jag knutit glad,
Ref jag sönder ; och i sanden
Flögo kring de spillda blad.

 

Men hvad ser jag ? är det yra ?
Är det sanning ? Hel igen
Ligger kransen vid min lyra,
Och en myrtenqvist på den.

 

Himmel! hvilken englaflicka
Lät du mig på jorden se !
Ingen har jag sett så blicka,
Och så rodna, och så le.

 

Selma ! det var du som sedan
Blef min sångmö och min vän ;
Du, så skön på afstånd redan,
Som nu kommer der igen.

 

Sätt dig här och hör mig spela ;
Men se icke på mig så :
Eljest mina toner fela ;
Dock, de fela nog ändå.

 

Sjöng jag med ditt blyga snille,
Ditt oskyldiga behag,
Skatter jag förakta ville,
Kungars nåd försmådde jag.

 

 

Elias LÖNNROT

(1802-1884)

 

Finlandais de langue finnoise. Linguiste, folkloriste, docteur en médecine, il voyagea presque dix ans pour recueillir les poèmes folkloriques de Carélie auxquels il donna une forme accomplie dans le Kalevala. Il peut être considéré comme le père de la littérature finlandaise. Né à Sammatti, fils de Fredrik Johan Lönnrot, tailleur, et de Ulrika Wahlberg, Il est envoyé étudier le suédois et le latin à Tammisaari et Turku ; par manque d’argent, il doit travailler comme tailleur, puis comme précepteur pour financer ses études ; dès 1828, il commence à recueillir des poèmes folkloriques. Il publie un recueil de poésies, Kantele, en 1831. Il étudie la médecine à Helsinki, où l’université a déménagé. Il vit entre 1833 et 1853 à Kajaani près de la frontière russe, où il exerce la médecine. Il voyage en Laponie, Estonie, dans le nord de la Russie où il recueille des poèmes finno-ougriens. Il commence la publication des poèmes folkloriques : Vanha Kalevala en 1835, Kanteletar en 1840, et Uusi Kalevala (la version actuelle) en 1849. Il épouse en 1849 Maria Piponus. En 1853 il est nommé professeur de langue finnoise à l’université d’Helsinki. Il se retire en 1862 dans la province de Sammatti, dans le sud de la Finlande, où il publie un dictionnaire finno-suédois. Il meurt le dix-neuf mars 1884.

Le jour du Kalevala est célébré en Finlande les 28 février. Le Kalevala est un gigantesque poème épique en cinquante chants ; parfois comparé à l’œuvre d’Homère, il est le résultat d’une compilation, d’un arrangement de poèmes traditionnels de Carélie. Traduit dans le monde entier, il provoqua l’éveil d’une conscience culturelle finnoise, contribua à la naissance de la littérature finlandaise. De nombreux auteurs, comme Eino Leino, mais aussi des peintres, des musiciens, comme Sibelius, Klami, Glazounov s’en inspirèrent. Le Kanteletar, qui est lui un recueil de poésies folkloriques, contribua à montrer l’extraordinaire richesse de la poésie orale et folklorique finlandaise.

Le Kalevala est disponible chez Gallimard, une version anglaise (qui me semble meilleure) est disponible en poche (Oxford university press).

 

Nostalgie de son pays

 

Je dois savoir cela :

Je suis en pays étranger,

Absolument inconnu.

En mon pays j’étais bien mieux,

En mon foyer plus grand j’étais.

J’y avais quelque renommée,

Oui, autrefois on le pensait,

Si gais étaient les soirs

Chantant dans la vallée

Dans les clairières de Väinölä,

Les landes de Kaleva.

Désormais je suis misérable,

Je ne me reconnais à peine.

 

Ainsi je pleure cette vie,

Et de chagrin je me lamente :

J’ai navigué loin de chez moi,

Loin de ce pays familier,

J’ai atteint portes inconnues,

Atteint clôtures étrangères.

Les arbres me sont douloureux,

Les aiguilles de pin font mal,

Si chaque bouleau me flagelle,

Chaque aulne également me blesse ;

Seul le vent m’est assez connu,

Le jour lui aussi est visible,

En ce pays étranger,

Sous des portes étrangères.

 

On est bien mieux en son pays,

En son foyer plus grand l’on est.

Dieu, qui es miséricordieux,

Accorde-moi, je t’en supplie,

De revenir en mon pays,

Le pays de la vie d’antan !

Meilleur en son pays

Est le chemin sous la semelle,

Qu’en un pays étranger

Qu’en une terre pleine d’or.

 

Ikävä omille maille

 

Jo ma tuon itseki tieän :

Olen maalla vierahalla,

Tuiki tuntemattomalla.

Maallani olin parempi,

Kotonani korkeampi.

Mainittihinpa minua,

Arveltihin aikoinansa

Illoilla iloitsijaksi,

Joka laakson laulajaksi

Noilla Väinölän ahoilla,

Kalevalan kankahilla.

Mi jo lienenki katala,

Tuskin tunnen itsekänä.

 

   Tuota itken tuon ikäni,

Puhki polveni murehin,

Kun ma uin omilta mailta,

Tulin mailta tuttavilta

Näille ouoille oville,

Veräjille vierahille.

Kaikki täällä puut purevi,

Kaikki havut hakkoavi,

Joka koivu koikkoavi,

Joka leppä leikkoavi :

Yks’ on tuuli tuttuani,

Päivä ennen nähtyäni,

Näillä mailla vierahilla,

Äkkiouoilla ovilla.

 

   Mies on maallansa parempi,

Kotonansa korkeampi.

Soisipa sula Jumala,

Antaisipa armoluoja :

Pääsisin omille maille,

Elomaillen entisille !

Parempi omalla maalla

Vetonenki virsun alta,

Kuin on maalla vierahalla

Kultamaljasta metonen.