Johan Ludvig RUNEBERG

(1804-1877)

 

Finlandais de langue suédoise. Johan Ludvig Runeberg naît à Pietarsaari, le 5 février 1804. Sa famille mêle intellectuels, hommes d’églises et marchands. En 1824 il est à l’université de Turku, qui déménage à Helsinki en 1828. Il travaille ensuite comme enseignant et journaliste, donnant parfois des cours privés. Il se marie en 1830 et aura huit enfants, dont six survivront. Spécialiste de littérature grecque, il enseignera à l’université. Son premier recueil, Dikter (1830) est le premier recueil (hors anthologies) à être publié en Finlande. Runeberg a largement contribué à l’éveil national de la culture finlandaise, avec Elias Lönnrot, compilateur du Kalevala. Il est une figure essentielle de la littérature de ce pays, et l’hymne national finlandais, Maamme (« Notre pays », en finnois), Vårt land (en suédois) est l’un de ses poèmes.

Runeberg est le poète national finlandais : il permit la naissance d’une littérature, et d’une culture finlandaise, l’émergence de la conscience nationale finlandaise. Cette position fit sa renommée, mais elle lui associa aussi une image de poète établi qui lui a nui avec le temps. Il est aujourd’hui considéré comme une page d’histoire, une personnalité historique plus qu’un artiste à l’art toujours vivant.

Pourtant Runeberg est un grand poète. Certes, l’œuvre porte les marques du romantisme, dont certains thèmes (le temps qui fuit, le cygne…) et certaines formes d’expressions (l’emphase, le même répertoire de métaphores galvaudées) ont mal vieilli. Mais l’œuvre comporte aussi une part qui ne vieillit pas : une rigueur musicale et technique (Runeberg admirait les classiques grecs), un art de la chute souvent espiègle, et des originalités manifestes : il est souvent cru lorsqu’il parle d’amour, et prend presque toujours le point de vue de la jeune fille. Son réalisme devient alors unique, car sans ironie, dans l’histoire de la poésie romantique. Quelques métaphores bien spécifiques au paysage nordique n’appartiennent aussi qu’à lui.

Pour toutes ces raisons, Runeberg est autre chose qu’un poète établi : son art est toujours vivant et mérite d’être lu.

 

Dikter (3 vol. 1830-1843), Hanna (1836), Nadeschda (1841)…

Nous sommes sur le point d’éditer un volume sur Runeberg.

 

 

Depuis je n’ai rien demandé de plus

 

Pourquoi le printemps est-il si fugace,

Pourquoi l’été ne dure-t-il pas ?

J’y pensais souvent autrefois,

Questionnant, nul ne répondit.

 

Depuis celui que j’aimais m’a trahie,

Sa chaleur est devenue froidure,

Son été est devenu hiver,

Depuis je n’ai rien demandé de plus,

Mais j'ai su simplement

Et profondément

Que la beauté est  périssable

Que la douceur ne dure pas.

 

 

Se’n har jag ej frågat mera

 

Hvarför är så flyktig våren,

Hvarför dröjer sommarn icke ?

Så jag tänkte fordom ofta,

Frågte, utan svar, af mången.

 

Se'n den älskade mig svikit,

Se'n till köld hans värme blifvit,

All hans sommar blifvit vinter,

Se'n har jag ej frågat mera,

Känt blott djupt uti mitt sinne,

Att det sköna är förgängligt,

Att det ljufva icke dröjer.

 

Öfver ett sofvande barn

 

Hur säll i vaggans famn du hvilar än,

Hur obekant med villorna och flärden !

Din bädd - af modershand bereddes den,

Din ro - af syskon från den högre verlden.

 

Som morgonlugnet kring en källas blå,

Så frid din lefnads oskuldsbölja söfver ;

Ty tidens vinge slog ej än derpå,

Och ödet gick ej än med storm deröfver.

 

Du ler : - o, röjdes dock en gång för mig

Den bild, som leker i ditt slutna öga !

Det är ej jorden än, som tjusar dig,

Det är ett minne från det fjerran höga.

 

Sof, späda barn! Hur ljuf är ej din lott,

Med blommans lif att hjertats lif förena !

I dina blickar herrske slummern blott,

Och drömmens engel i din barm allena.

 

 

Sur un enfant dormant

 

Si heureux dans le sein du berceau tu reposes,

Ignorant tout des illusions, des vanités !

Ton lit - fait par les mains de ta mère, ton repos -

Vient de frères d’un plus haut monde.

 

Tel le calme au matin près du bleu d’une source,

De ta vie la paix berce la vague innocente ;

Car les ailes du temps ne battent pas encore,

Le destin ne vient pas vers toi, comme tempête.

 

Tu souris - Ô encore une fois, montre-moi

L’image, là qui joue dans tes yeux refermés !

Non, ce n’est pas la terre encor, qui t’ensorcelle,

Ce n’est qu’un souvenir de lointaines hauteurs.

 

Dors, tendre enfant ! Ton destin n’est-il pas si doux,

Unir la vie des fleurs à la vie de ton cœur !

Dans tes regards n’est roi que le sommeil,

En ton sein que l’ange du rêve.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Zacharias TOPELIUS

(1818-1898)

 

Finlandais de langue suédoise. Zacharias Topelius naît à la ferme de Kuddnäs, près de Uusikaarlepyy en 1818. Son père est médecin, et connu pour recueillir des poèmes folkloriques. Il fut très croyant, évoluant vers le piétisme après de nombreuses infortunes ; à partir de 1868, cependant, il se montre beaucoup plus pessimiste. Sa position sociale lui permet de vivre sans avoir de soucis financiers. Etudiant à Helsinki, il fréquente les milieux aisés de la capitale. Professeur dans un lycée, enseignant de temps en temps à l’université, il écrit des romans et des recueils de contes.

Le romantisme léger de Topelius n’a pas si mal vieilli : on croirait dans sa mélancolie, sa nostalgie douce lire un Lamartine presque réconcilié avec le temps qui passe.

 

Ljungblommor ( « Fleurs de bruyère », 3 vol. 1845-1854).

Aucun livre disponible en français.

 

 

Tu es mon repos

 

Tu es mon repos,

ma consolation, ma liberté,

mon ciel doux,

mon espoir, ma foi,

le refuge de mes désirs,

chaque souffle...

Viens aujourd'hui

contre moi, dans mes bras !

 

Mon âme est lasse,

mon désir prêt ;

laisse-moi reposer

contre toi, tendrement !

Tu es ma vie,

mon heureux souci...

Jusqu'au soir de la vie

demeure près de moi !

 

Bien contre toi, aimée

serre-moi !

Donne-moi encore

tous les doux noms !

Au matin pur

mon sanctuaire,

mes bras sont vides,

mon âme est seule.

 

Ô tu es riche

et chaleureuse,

mais je suis triste...

Ne me fuis pas !

Regarde-moi,

mon seul repos !

Laisse-moi vivre

tout près de toi !

 

 

Du är min ro

 

Du är min ro,

min tröst, min frid,

min himmel blid,

mitt hopp, min tro,

min längtans hamn

vart andedrag...

O bred i dag

mot mig min famn !

 

Min själ är trött,

min längtan varm ;

låt vid din barm

mig vila sött!

Du är mitt liv,

min oro säll...

Till livets kväll

hos mig förbliv !

 

Slut i din famn

mig, dyra du!

Giv mig ännu

de ljuva namn !

I morgon ren

min helgedom,...

min famn är tom,

min själ allen.

 

O du är rik

och du är varm,

men jag är arm...

Ej från mig vik !

O se på mig

min enda ro !

O låt mig bo

och bli hos dig !