Aleksis KIVI

(1834-1872)

 

Finlandais de langue finnoise. Aleksis Kivi est sans nul doute l’auteur finlandais « classique » le plus connu à l’étranger. Etudiant, il connaît les privations de la pauvreté ; décidé à être poète, il ne cherche pas, comme l’aurait souhaité sa mère, à devenir pasteur. Remarqué pour son talent, il débute par le théâtre qui lui donne ses premiers succès. Mais malheureux en amour, d’une santé fragile, il ne parviendra jamais à la célébrité de son vivant. Son chef-d’œuvre, traduit aujourd’hui dans de nombreuses langues, Seitsemän veljestä, « Les sept frères », sur lequel il aura travaillé les dernières années de sa vie, sera délibérément « coulé » par un critique de l’époque, particulièrement hostile à l’écrivain, August Ahlqvist. La santé mentale d’Aleksis se dégrade brusquement en 1864 ; il est interné de force. Il termine sa vie chez l’un de ses frères, Albert.

Les poèmes de Kivi sont une part mineure de son œuvre, mais ils ne sont pas sans importance dans la littérature finlandaise, car les poètes « finnois » ne sont pas si nombreux en son temps.

 

Kanervala runoelma (Dans la lande et autres poèmes, 1866).

Aucun recueil de poèmes disponible en français. ”Les sept frères”, son célèbre roman, est disponible chez Stock et l’Harmattan.

 

 

Ennui

 

   Ennui,

Quelle obscurité autour de mon âme

Comme un soir d'automne en un pays désert ?

   Inutile toute fatigue,

   Inutile toute lutte

Et le monde, inutile !

 

  Du ciel

Je ne veux pas, ni de la nuit de la Géhenne,

Ni d'une femme dans mes bras.

  Que mon destin soit :

  Hors de la douleur de savoir,

Que tout me soit silence vide.

 

  Mes amis !

La dernière fois je vous implore,

Ecoutez ce que je demande :

  Dans la maison de la mort

  Un logement pour un jeune homme,

Trouver un refuge en la terre.

 

  Alors creusez maintenant

Mon tombeau à l'abri des saules

Et recouvrez-le d'un drap noir,

   Puis pour toujours

   Quittez mon domaine :

Je veux reposer en paix.

 

   Qu'un tertre jamais

Ne s'élève sur ma tombe.

Mais que la terre durcisse.

Pour que personne ne sache

  Que le lieu de mon repos

Est là, sous le saule pâle.

 

 

Ikävyys

 

    Ikävyys,

Mi hämäryys sieluni ympär

Kuin syksy-iltainen autiol maall ?

   Turha vaiva täällä,

   Turha onpi taistelo

Ja kaikkisuus maailman, turha !

 

   En taivasta

Mä tahdo, en yötä Gehennan,

Enp' enään neitosta syliini suo.

   Osani vaan olkoon :

   Tietämisen tuskat pois,

Kaik' äänetön tyhjyys olkoon.

 

   No ystävät !

Teit' kerranpa viimeisen pyydän,

Oi! kuulkaat mitä nyt anelen teilt :

   Tuonen-tupa tehkäät

   Poijan tämän asunnoks ;

Hän kätköhön mullan astuu.

 

   Mun hautani

Nyt kaivakaat halavain suojaan

Ja peitol mustal se peittäkäät taas

   Sitten ainiaksi

   Kartanostain poistukaat ;

Mä rauhassa maata tahdon.

 

   Ja kumpua

Ei haudallein kohokoon koskaan.

vaan multa kedoksi kamartukoon.

  Ettei kenkään tiedä,

  Että lepokammioin

On halavan himmeän alla.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Josef Julius WECKSELL

(1838-1907)

 

Finlandais de langue suédoise. J.J. Wecksell naquit à Turku ; ses parents étaient cultivés, parlant le français et s’intéressant au théâtre. D’abord influencé par Runeberg, puis par Heine, il commença à écrire des poèmes dès l’âge de douze ans. Il fréquenta l’université d’Helsinki, publia un recueil de poème, écrivit une pièce de théâtre, Daniel Hjort. Il perdit la raison à l’âge de 25 ans et passa le restant de sa vie dans une institution psychiatrique.

De nombreux poèmes de Wecksell ont été mis en musique (notamment par Sibelius) ; courts, lyriques, musicaux, ils semblent être faits pour cela. « De la musique avant toute chose », agrémentée de tristesse et de rêverie. Il est considéré par de nombreux critiques comme le grand successeur de Runeberg.

 

Valda ungdomsdikter (1860) ; Samlade dikter ( 1868 et 1891).

Nous sommes sur le point de publier un recueil de poèmes, nous travaillons aussi à la traduction de son drame « Daniel Hjort » ; un volume est disponible chez l’Harmattan.

 

 

Etait-ce un rêve ?

 

Etait-ce un rêve de croire qu’un jour

j’étais l’ami de ton cœur ?

Je m’en rappelle comme d’un chant terminé,

dont les cordes vibrent encore.

 

Je me rappelle une rose, rose par toi donnée,

un regard si sensible et tendre ;

je me rappelle aussi d’adieux, qui resplendirent,

si tout cela n’était qu’un rêve ?

 

Un rêve court comme la vie d’une anémone

dans un champ vert de printemps,

dont la beauté vite se fane,

avant des milliers d’autres fleurs.

 

Mais de nombreuses nuits j’entends bien une voix

près d’un ruisseau amer de larmes :

cache profondément ce souvenir en toi,

il fut ton plus beau rêve.

 

 

Var det en dröm ?

 

Var det en dröm att ljuva engång

jag var ditt hjärtas vän ?

Jag minns det som en tystnad sång,

då strängen darrar än.

 

Jag minns en törnros av dig skänkt,

en blick så blyg och öm ;

jag minns en avskedstår, som blänkt,

var allt, var allt en dröm ?

 

En dröm lik sippans liv så kort

uti en vårgrön ängd,

vars fägring hastigt vissnar bort

för nya blommors mängd.

 

Men mången natt jag hör en röst

vid bittra tårars ström :

göm djupt dess minne i ditt bröst,

det var din bästa dröm.