Carl Michael BELLMAN

(1740-1795)

 

Bellman est né à Stockholm en 1740. Il reçoit une éducation luthérienne, apprend plusieurs langues ; son père est secrétaire du roi.

 Enfant précoce, il écrit de nombreux vers dès l’âge de quatorze ans. Les difficultés financières, puis la mort de ses parents, de nombreuses de ses sœurs (il est l’aîné) marquent sa jeunesse. En 1770 il écrit les « Epîtres de Fredman », (« Fredmans epistlar »), son chef d’œuvre. Il écrivit également de nombreuses « chansons ».

A l’écart de la vie littéraire, il se moquera de nombreuses « sociétés » de chevalerie alors à la mode en créant un « Ordre de Bacchus », comprenant des alcooliques notoires souvent renvoyés de leurs fonctions à cause de leur penchant pour l’alcool. Il se marie en 1777 avec Lovisa Fredrika Grönlund dont il aura quatre fils. Il reçoit une pension du roi, sera parfois invité au château, malgré le caractère peu académique de ses thèmes. Après sa mort, de la tuberculose, un de ses fils racontera combien les relations de ses parents avaient été chaleureuses.

Les oeuvres de Bellman sont destinées à être chantées : il est d’ailleurs possible de trouver des enregistrements (en particulier sous le label Musica sveciae) ; ses ballades, ironiques, parfois comiques, ou amères, ont une tonalité unique dans la poésie suédoise.

 

Fredmans epistlar (1790), Fredmans sånger (1791).

 

Les épîtres sont parues en anglais et en allemand.

 

Vaggvisa för min son Carl

den 18 augusti 1787

 

Lilla Carl, sov sött i frid !
Ty du får tids nog vaka,
tids nog se vår onda tid
och hennes galla smaka.
Världen är en sorgeö :
bäst man andas skall man dö
och bli mull tillbaka.

 

En gång, där en källa flöt
förbi en skyl i rågen,
stod en liten gosse söt
och spegla sig i vågen :
bäst sin bild han såg så skön
uti böljan, klar och grön,
straxt han inte såg'en.

 

Så är med vår levnad fatt,
och så försvinna åren :
bäst man andas gott och glatt,
så lägges man på båren.
Lilla Carl skall tänka så,
när han ser de blomor små,
som bepryda våren.

 

Sove lulla, lilla vän !
Din välgång alla gläda.
När du vaknar, sku vi sen
dig klippa häst och släda ;
sen små hus av kort - lull lull -
sku vi bygga, blåsa kull
och små visor kväda.

 

Mamma har åt barnet här
små gullskor och gullkappa,
och om Carl beskedlig är,
så kommmer rättnu pappa,
lilla barnet namnam ger...
Sove lulla ! Ligg nu ner
och din kudde klappa.

 

 

Berceuse pour mon fils Carl

Le 18 Août 1787

 

Petit Carl, dors en paix !

Tu auras bien assez de veilles,

assez de temps à voir le mal

et à goûter de sa froidure.

Le monde est île de chagrin :

le mieux que l’on respire, on meurt

et puis l’on redevient poussière.

 

Un jour qu’une source coulait

devant une meule de seigle,

un doux petit garçon se reflétait dans l’onde :

aussi belle que fût son image

sur la vague, claire et verte,

à l’instant elle disparut.

 

Ainsi de la vie insipide,

ainsi disparaissent les ans :

le mieux qu’on respire, et gaiement,

on s’étend sur son lit de mort.

Et Carl, il pensera ainsi,

lorsqu’il verra les fleurs fragiles

qui ont décoré le printemps.

 

Dors, dors encor, petit ami !

Ton succès réjouit tout le monde.

Et après, nous découperons

des petits chevaux, un traîneau ;

nous ferons un château de carte -

nous construirons, et détruirons

nous composerons des chansons.

 

Maman a pour l’enfant ici

petits souliers, pelisse d’or,

et si mon Carl est bien gentil,

son papa viendra sur le champ

donner à l’enfant des bonbons…

Dors ! étends-toi

serré contre ton oreiller.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Johan Henrik KELLGREN  

(1751-1795)

 

 

Homme de goût, satiriste, critique, célèbre pour ses poèmes, mais aussi sa prose. Journaliste, et directeur du journal  « Stockholmsposten », admirateur de Voltaire. Il fut également secrétaire du roi.

 

Samlade skrifter (1796).

Aucun livre disponible en français.

 

Sur un buste de Sextus Propertius

 

Pâle est mon visage ; mais ne fais pas reproche

   de l’avoir fait si pâle : ainsi je fus, vivant.

De l’exacte couleur que me donna Cynthia ;

   Le sang s’est tari, et les joues se sont flétries.

 

Santé, jeunesse et joie, tout lui fut sacrifié :

   Je fus dans la vie sienne, et aussi dans la mort.

La vie fuit - mais Ah ! quand possédais-je la vie ?

   Non, par Cynthia seulement exista Propertius.

 

 

 

 

Öfver Propertii buste

 

Blekt mit anlete är ; men tadlen Konstnären icke,

   At han det gjort så blekt : sådan i lifvet jag var.

Rigtigt bildades så den färg som Cynthia gaf mig ;

   Blodet torrkade bort, kinderne vissnade hän.

 

Ungdom och helsa och lycka och lugn, alt offrades henne :

   Hennes jag lefvande var, hennes i döden jag är.

Lifvet flyktade snart- men ach ! när ägde jag lifvet ?

   Nej, genom Cynthia blott var ju Propertius til.