Eino LEINO

(1878-1926)

 

Finlandais de langue finnoise. Eino Leino naît sous le nom d’Armas Einar Leopold Lönnholm à la ferme d’Hövelö à Paltaniemi le 6 juillet 1878. Il est élevé au milieu des livres, mais perd ses parents avant d’entrer à l’université. Il ne cessera alors d’errer d’un lieu à un autre, incapable de se fixer. Sa  vie sentimentale elle-même sera peu stable. Ses études passent au second plan, après la poésie. Il publie en 1896 deux recueils, Maaliskuun lauluja et Tarina suuresta. C’est d’abord son activité de journaliste qui le fait connaître du grand public. Son grand intérêt pour les arts et la culture internationale le pousse à fonder une revue sur le sujet, qui ne paraîtra qu’un an. Inspiré toute sa vie par les mythes finnois du Kalevala, il écrit également une poésie beaucoup plus personnelle et intime. Eino Leino est le plus grand poète finnois de la période : surtout, il sort la poésie finnoise de son champ folklorique et mythologique, pour la faire lyrique, parfois même sociale, historique, philosophique.

Bertel Gripenberg, ami de Leino, écrivit ceci à son propos : « Eino Leino était peut-être le seul auteur finlandais qui peut vraiment être appelé un génie, si par génie on entend la richesse débordante et constante de son esprit, le vol incessant de ses pensées, ses nombreuses facettes et son incroyable capacité au travail, ou sa soif de travail. »

 

Maaliskun lauluja (Chants de mars, 1896) ; Tarina suuresta tammesta (la légende des grands chênes, 1896) ; Yökehrääjä (la fileuse nocturne, 1897) ; Sata ja yksi lauluja (Cent un poèmes, 1898) ; Pyhä kevät (Printemps sacré, 1901)…

 

Nous avons publié un large choix de ses poèmes (voir catalogue). Un petit volume est également disponible « Eino Leino, chantre de la Finlande » (Ecrits des forges).

 

Hymne au feu

 

Celui qui est feu, qu’il serve le feu.

Celui qui est terre, qu’en terre il repose.

Mais celui qui veut s’élever jusqu’au ciel,

pour lui que le chant du kantele résonne :

 

Que sommes-nous ? seulement cendres, poussières ?

Pas tout à fait : la pensée s’élève de la terre.

Si ton destin un jour est de devenir cendres,

en attendant tu as bien le temps de brûler.

 

Qu’est-ce qui brûle ? La matière. Qu’est-ce qui la consume ?

Dieu, esprit, et feu éternel.

C’est joie humaine, d’être charbon,

d’un long rêve au cœur de la terre.

 

Eveille-toi pour l’incandescence, et le travail, et le combat,

quand le Créateur appelle, fie toi au soleil,

réalise les rêves des siècles passés,

rêvés autrefois par nos pères.

 

Le temps de la vie est beau et court.

Que l’on brûle, tel un fourneau,

haut dans le feu élevons-nous !

La terre reste terre, l’esprit va vers le ciel.

 

Hymni tulelle

 

Ken tulta on, se tulta palvelkoon.

Ken maata on, se maahan maatukoon.

Mut kuka tahtoo nousta taivahille,

näin kaikuu kannelniekan virsi sille :

 

Mit' oomme me ? Vain tuhkaa, tomua ?

Ei aivan: Aatos nousee mullasta.

On kohtalosi kerran tuhkaks tulla,

mut siihen ast' on aikaa palaa sulla.

 

Mi palaa ? Aine. Mikä polttaa sen ?

Jumala, henki, tuli ikuinen.

On ihmis-onni olla kivihiiltä,

maan uumenissa unta pitkää piiltä,

 

herätä hehkuun, työhön, taisteloon,

kun Luoja kutsuu, luottaa aurinkoon,

toteuttaa vuosisatain unelmat,

joit' uinuneet on isät harmajat.

 

On elon aika lyhyt kullakin.

Siis palakaamme lieskoin leimuvin,

tulessa kohotkaamme korkealle !

Maa maahan jää, mut henki taivahalle.

 

Tulkaa kotiin

 

Kaikki te kiertävät tunteet ja tuskat,

tulkaa kotiin,

myöskin sa saartava kauneuden kaipuu !

Ettekö nää, miten valkeus vaipuu,

varjot pitenee,

elämä lyhenne,

kuoleman jalka vain kulkea jaksaa ?

 

Kaikk' elon etsijät, eksynehetkin,

tulkaa kotiin !

kohta ja korpien komerot tummuu,

aurinko sammu,

pimeys peittää maan,

portit suljetaan,

eivätkä aukene enää koskaan.

 

Kaikki te ystävät harvat ja hyvät,

tulkaa kotiin

kuin valot Luojaansa suuret ja pienet !

kotiinsa kulkevat ihmiset, karjat,

ilot, muistot enenee,

toivot vähenee,

kohta ei erota toistaan toinen.

 

Rentrez à la maison

 

Vous toutes les souffrances, les impressions qui vont et viennent,

rentrez à la maison,

toi aussi, désir impérieux de la beauté !

Ne voyez-vous pas comme la clarté tombe,

les ombres se répandent, la vie se raccourcit,

le pas de la mort seul

a-t-il encor la force d’avancer ?

 

Tous les chercheurs de la vie, perdus aussi,

rentrez à la maison !

Lieux et forêts lointaines déjà s'assombrissent,

et le soleil s'éteint,

l'obscurité couvre la terre,

les portes se fermant

jamais plus ne seront ouvertes.

 

Vous tous, amis rares, précieux,

rentrez à la maison,

lumières du créateur, grandes et petites !

Les hommes, le bétail, tous rejoignent leur maison,

les joies, les souvenirs augmentent,

les espoirs diminuent,

si bien qu'on ne peut plus les distinguer.

 

 

 

Bertel GRIPENBERG

(1878-1947)

 

Finlandais de langue suédoise.

Bertel Johan Gripenberg est né le 19 septembre 1878 à Petersbourg. Il est mort de la tuberculose en mai 1947 au sanatorium de Sävsjö dans le Småland.

Il évolue de la poésie décadente vers le romantisme et enfin vers la poésie nationaliste. Il chanta les blancs durant la guerre civile finlandaise. L’expérience de la guerre le rapprocha des finnois dont il s’était senti isolé ; anti communiste, proche de la droite radicale, il ne cacha pas ses sympathies pour l’Allemagne durant la seconde guerre mondiale (attention cependant : la Finlande n’a pas connu de tentation fasciste, l’Allemagne était vue par quelques finlandais comme un allié puissant pour se protéger contre la Russie soviétique qui avait tenté d’envahir la Finlande avant la seconde guerre mondiale – et en avait annexé une importante partie).

Dikter (Poèmes), 1903 ; Svarta sonetter (Sonnets noirs), 1908 ; Vid gränsen (A la frontière), 1930.

Aucun livre disponible en français.

 

Det Skönaste landet

 

Det skönaste landet är landet i norr,

där åkern ger vika för skogen,

där marken är stenig och karg och torr,

ej rörd av spaden och plogen,

där väldiga furor med mossig bark

mot himlen trotsande sträva,

och högt över tigande ödemark

bland skyarna örnar sväva.

 

Det skönaste landet är skogarnas land,

som evigt i tystnad drömmer.

Det binder vårt hjärta med längtans band,

som ingen sliter och glömmer.

Det lockar, det drager så tyst till sig

med eggande, gåtfull tjusning -

där viskar på villande vildmarksstig

en trollsång i trädens susning.

 

Du irrande, husvilla tankars ro,

du ensamma drömmars rike,

du nordens ändlösa furumo,

din skönhet är utan like !

Det skönaste, käraste land jag vet,

är skogarnas land, det vida

i kärv och storvulen enslighet,

där ofödda sånger bida.

 

Le plus beau pays

 

Le plus beau des pays est le pays au nord,

les champs laissent place aux forêts,

le sol est pierreux, sec, aride,

et vierge de socs, ou de bêches,

là des pins forts aux troncs mousseux

vers le ciel se tendent, défiants,

et haut sur le désert muet

haut dans le ciel planent les aigles.

 

Le pays le plus beau est terre des forêts,

qui toujours en silence rêve.

Il noue notre cœur des liens de la nostalgie,

que nul n’oublie, ne peut user.

Il appelle à lui en silence

d’un sort entêtant, mystérieux, -

sur les chemins déserts, ensorcelle tout bas

un chant magique dans le murmure des arbres.

 

Toi calme des pensées vagabondes,

toi royaume des rêves solitaires,

toi lande de pins sans fin du nord,

ta beauté est sans égale !

Le pays le plus beau, le plus aimé

que je connaisse est celui des forêts, sauvage

dans une impressionnante solitude,

où sont des chants non formulés.