Gunnar BJÖRLING

(1887-1960)

 

Finlandais de langue suédoise.

Né à Helsinki en 1887, il étudie la psychologie. Se consacrant pleinement à l’écriture, désirant renouveler la littérature finlandaise, il reçut un accueil plutôt frileux. Rejeté par de nombreux critiques, de nombreux écrivains, il dut souvent publier à compte d’auteur. Il a reçu le prix de l’académie suédoise en 1947.

Björling a cherché la révolution dans la littérature ; recherche personnelle et solitaire qui a marqué les générations qui ont suivi, plus par son projet que par ses découvertes. Cette œuvre a néanmoins le potentiel pour être redécouverte, et peut-être pour servir, à certains, de nouveau point de départ.

 

O finns en dag (Ô il y a un jour), 1944 ; Luft är och ljus (Air et lumière sont), 1946 ; Som alla dar (Comme tous les jours), 1953 ; Dikter (Poèmes), 1959.

Aucun livre disponible en français.

 

 

Jag vill breda vingar ut

allt blir ett enda, allt faller samman

och jag ser, kan se

i min syn är allt

är vita eller svarta molnen

är ett skiftande på det firmament.

 

Jag vill breda vingar ut

det är i död och liv detsamma

ont och gott är

och jag och du

och solskensstrålarna

och allt intill natten.

 

Jag vill breda vingar ut.

 

 

Je veux déployer mes ailes

tout devient un, tombe pareil

et je vois, je peux voir

en ma vision tout est

sont de blancs ou noirs nuages

est changement au firmament.

 

Je veux déployer mes ailes

c’est en la vie, la mort, pareil

mal et bien sont

et moi et toi

et les rayons du soleil

et tout près de la nuit.

 

Je veux déployer mes ailes.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Edith SÖDERGRAN

(1892-1923)

 

Finlandaise de langue suédoise.

Edith Södergran naît le 4 avril 1892 à Saint Petersbourg, seule enfant ayant survécu de Matts et Helena Södergran. La famille s'installe dans une commune de Carélie, Raivola, où Edith reste dix ans auprès de sa mère. Elle reçoit ensuite un enseignement multilingue à l'école allemande de Saint Petersbourg.

La vie d'Edith est une succession d'évènements tragiques. Sa sœur adoptive, une jeune fille recueillie par sa mère, nommée Singa, meurt, renversée par un train. En 1904 son père est atteint de la tuberculose et il meurt en 1907.

En novembre 1908 c'est Edith qui tombe malade, elle aussi, de la tuberculose.

Malgré des soins dispensés dans un sanatorium suisse, elle s’éteint en 1923.

Son œuvre poétique, très originale, a eu beaucoup d’influence et est de plus en plus célébrée. Elle est probablement le plus grand poète finlandais du XXème siècle.

Elle pousse au plus loin l’élan donné par Mörne et son expression libre ; mais les élans mystiques, philosophiques comme l’imagination d’Edith Södergran vont lui permettre de composer une poésie plus riche et plus profonde.

Malgré les nombreux thèmes : la nature, un jugement quasi absurde sur la vie, à côté d'un grand désir de vivre, hymne à la puissance, la force, la sensualité, malgré sa volonté d'être "moderne", il y a un ton qui fait le lien entre chacun de ses poèmes : une franchise absolue, une sorte de confiance dans le lecteur, qui l'entraîne à tout dire, sans retenue. Et cela rend son œuvre incroyablement fascinante. Son lyrisme est résolu :

     «Le feu intérieur est le plus important que l'on possède. La terre appartient à ceux qui portent en eux la plus haute musique. Je me tourne vers les rares individus et les incite à élever leur musique intime,  tout comme à bâtir sur l'avenir.» (Lettre au journal Dagens Press, 19.12.1918, citée par Hagar Olsson, Ediths brev, Holger Schildts förlag, Helsingfors, 1955.)

Et certes, le "feu intérieur" mis à nu sans plus de difficulté, ou de crainte, avec un tel courage, et nous voilà dénudant le nôtre.

Les lettres qu'elle écrivit à Halgar Olsson témoignent de cette confiance,  dès sa première lettre. Confiance aussi dans la force de son œuvre :

«Mon livre (Septemberlyran) n'aura pas manqué son but si un seul individu perçoit l'inouï dans cet art » (Lettre au journal Dagens Press, 1918)

«Elle n'était pas un poète qui se réjouit à assembler des mots, à écrire pour des littérateurs, elle voulait modeler, transformer la vie. » (Hagar Olsson, Ediths brev.)

 

Dikter (Poèmes), 1916 ; Septemberlyran (La lyre de septembre), 1918 ; Rosenaltaret (L’autel de rose), 1919 ; Framtidens skugga (L’ombre de l’avenir), 1920 ; Landet som icke är (Le pays qui n’est pas), 1925.

 

Nous avons publié un large choix, et travaillons sur ses œuvres complètes (voir catalogue) . Des anthologies ont été publiées chez divers éditeurs, elles sont aujourd’hui indisponibles.

 

Jag

 

Jag är främmande i detta land,
som ligger djupt under det tryckande havet,
solen blickar in med ringlande strålar
och luften flyter mellan mina händer.
Man sade mig att jag är född i fångenskap -
här är intet ansikte som vore mig bekant.
Var jag en sten, den man kastat hit
på bottnen ?
Var jag en frukt, som var för tung för
sin gren ?
Här ligger jag på lur vid det susande
trädets fot,
hur skall jag komma upp för de hala stammarna ?
Däruppe mötas de raglande
kronorna,
där vill jag sitta och speja ut
efter röken ur mitt hemlands
skorstenar...

 

Moi

 

Je suis une étrangère en ce pays,

s’étendant profondément sous le poids de la mer,

les regards du soleil sont rayons qui se faufilent

et l’air s’écoule entre mes mains.

On dit que je suis née en captivité -

ici pas un visage qui me soit connu.

Etais-je une pierre, qu’on jeta au fond ?

Etais-je un fruit, trop lourd pour la branche ?

Ici je m’étends, à l’affût, au pied de l’arbre qui murmure,

comment puis-je me mettre debout sur les racines glissantes ?

Là-haut les cimes oscillent et se rencontrent,

ici je veux rester, et guetter

la fumée des cheminées de mon pays natal...

 

Le pays qui n’est pas

 

Je me languis du pays qui n’est pas,

car tout ce qui est, je suis fatiguée de le désirer.

La lune me parle en runes argentées

du pays qui n’est pas.

Le pays où chaque souhait sera exaucé merveilleusement,

le pays où toutes nos chaînes tomberont,

le pays où nous rafraîchirons notre front lacéré

dans la rosée de la lune.

Ma vie fut une brûlante erreur.

Mais j’ai trouvé et j’ai gagné ceci, vraiment :

le chemin vers le pays qui n’est pas.

Dans le pays qui n’est pas

va celui que j’aime avec une couronne étincelante.
Qui est celui que j’aime ? La nuit est sombre

et les étoiles tremblent de répondre.

Qui est celui que j’aime ? Quel est son nom ?

La voûte des cieux est de plus en plus haute,

et l’enfant de l’homme se noie en un brouillard sans fin

et ne sait nulle réponse.

Mais l’enfant de l’homme n’est rien d’autre que certitude.

Et il tend ses bras plus haut que tous les cieux.

Et il vient une réponse : je suis celui que tu aimes et aimeras toujours.

 

 

Landet som icke är

 

Jag längtar till landet som icke är,
ty allting som är, är jag trött att begära.
Månen berättar mig i silverne runor
om landet som icke är.
Landet, där all vår önskan blir underbart uppfylld,
landet, där alla våra kedjor falla,
landet, där vi svalka vår sargade panna
i månens dagg.
Mitt liv var en het villa.
Men ett har jag funnit och ett har jag verkligen vunnit -
vägen till landet som icke är.

I landet som icke är
där går min älskade med gnistrande krona.
Vem är min älskade ? Natten är mörk
och stjärnorna dallra till svar.
Vem är min älskade ? Vad är hans namn ?
Himlarna välva sig högre och högre,
och ett människobarn drunknar i ändlösa dimmor
och vet intet svar.
Men ett människobarn är ingenting annat än visshet.
Och det sträcker ut sina armar högre än alla himlar.
Och det kommer ett svar : Jag är den du älskar och alltid skall älska.