Steen Steensen BLICHER

(1782-1848)

 

Né le 11 octobre 1782. Enfance dans le Jutland, fils d’un pasteur passionné de litterature dont la famille est aparentée à Luther. Docteur en théologie en 1809, il devient pasteur, mais davantage intéressé par la chasse et l’écriture que par sa vocation, il aura de nombreux soucis avec ses supérieurs et sera renvoyé peu avant sa mort. Traducteur d’Ossian, il publie son premier recueil en 1814, écrira le premier roman policier en danois et de nombreuses nouvelles. Il est aujourd’hui reconnu comme un pionnier de ce genre.

Mélancolique et musicale, la poésie de Blicher est romantique ; elle échappe toutefois aux excès oratoires et aux facilités de son temps.

 

Sneklokken (La cloche de neige, 1825), Trækfuglene (Oiseaux de passage, 1838).

Aucun livre disponible en français.

 

 

Præludium

 

Sig nærmer Tiden, da jeg maa væk,

 Jeg hører Vinterens Stemme ;

Thi ogsaa jeg er kun her paa Træk,

 Og haver andensteds hjemme.

 

Jeg vidste længe, jeg skal herfra ;

 Det Hjærtet ikke betynger,

Og derfor lige glad nu og da

 Paa Gjennemreisen jeg synger.

 

Jeg skulde sjunget lidt meer maaskee -

 Maaskee vel ogsaa lidt bedre ;

Men mørke Dage jeg maatte see,

 Og Storme rev mine Fjædre.

 

Jeg vilde gjerne i Guds Natur

 Med Frihed spændt mine Vinger,

Men sidder fast i mit snevre Buur,

 Det allevegne mig tvinger.

 

Jeg vilde gjerne fra høien Sky

 Udsendt de gladere Sange ;

Men blive maa jeg for Kost og Ly

 En stakkels gjældbunden Fange.

 

Tidt ligevel til en Smule Trøst

 Jeg ud af Fængselet titter,

Og sender stundom min Veemodsrøst

 Med Længsel gjennem mit Gitter.

 

Lyt og, o Vandrer ! til denne Sang,

 Lidt af din Vei Du hidtræde !

Gud veed, maaske det er sidste Gang

Du hører Livsfangen qvæde.

 

Mig bæres for, som ret snart i Qvel

 At Gitterværket vil briste ;

Thi qviddre vil jeg et ømt Farvel ;

 Maaske det bliver det sidste.

 

 

Prélude

 

Le temps approche où je devrai partir,

  J'entends les voix de l'hiver ;

Je ne suis ici que de passage,

  Et j'ai autre part un foyer.

 

Je savais depuis longtemps que je partirais ;

  Mon cœur n'est pas lourd,

Et donc, tout aussi heureux qu’avant

  En allant je chante.

 

Je pourrais chanter plus souvent, peut-être,

  Sans doute aussi un peu mieux ;

Mais il m’a fallu voir le jour sombre,

  Et les tempêtes ont déchiré mes lèvres.

 

J’ai voulu dans la nature divine

  Tendre mes ailes avec liberté,

Mais ma cage enneigée

  De tous côtés m’a retenu.

 

J’ai voulu des hauteurs du ciel

  Envoyer les chants les plus gais ;

Mais je dus pour le gîte et le couvert

  Rester pauvre, endetté, prisonnier.

 

Il est temps cependant pour quelques réconforts,

  Et je jette un coup d’œil hors de cette prison

Et je lance parfois ma voix mélancolique

  A travers les barreaux, avec aspiration.

 

Ecoute ! Ô passant, cette chanson,

  Tu t'écartes si peu de ton chemin !

Dieu sait, que c'est peut-être la dernière fois

Que tu entends le chant du condamné.

 

J'ai le sentiment, que très vite, ce soir

  La grille va se briser ;

Et je veux chanter un triste adieu :

  Ce sera peut-être le dernier.

 

(Traduction protégée par copyright)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Emil AARESTRUP

(1800-1856)

 

Né à Copenhague. Se consacre à la littérature et à la traduction (Heine, Byron) pendant son temps libre, après des études de médecine.

Il exerça son métier de médecin à Funen, et ne publia de son vivant qu’un seul recueil. Il ne fut reconnu que tardivement et conserve une certaine notoriété au Danemark.

La poésie d’Emil Aarestrup reprend de manière conventionnelle les thèmes romantiques : fuite du temps, fragilité de l’existence humaine ;  les vers courts de nombreux de ses poèmes, simplifiant l’expression, ont permis à cette poésie de ne pas se démoder aussi facilement que d’autres œuvres poétiques de ses contemporains.

 

Digte (Poèmes, 1838), Efterladte digte (Poèmes posthumes, 1863).

Aucun livre disponible en français.

 

 

Advarsel

 

Det Skum, som krandser Vandet,
Det Lys, som farver Jorden,
Skymasserne, som længe
Har samlet sig til Torden ;

 

Den store, fyldte Regnbu',
Og du og jeg, Veninde,
Hvorlænge, troer du, inden
Vi skilles ad og svinde ?

 

Nyt Bølgeskum vil komme,
Nyt Skyggespil, tilsyne,
Og andre Skyer trække
Paa Himlen op og lyne.

 

Forgaae, fordunste skal vi,
Som Draaberne, der strømme,
Og som en Regnbu' slukkes
Alt, hvad vi see og drømme.

 

Forstyr os derfor ikke
Den skjønne, korte Vandring -
Den truer alt, den kommer,
Den dræbende Forandring !

 

Mise en garde

 

L’écume qui couronne la mer,

La lumière qui colore la terre,

La masse des nuages qui là-bas

Se sont rassemblés en orage ;

 

Et l’immense arc-en-ciel,

Et toi et moi, mon amie,

Combien de temps, crois-tu,

Avant de se quitter, avant de disparaître ?

 

Une nouvelle vague viendra,

Seront vus de nouveaux jeux d’ombres,

D’autres nuages passeront

Et des éclairs, haut dans le ciel.

 

Nous allons périr, et nous évaporer,

Comme gouttes, là s’écoulant,

Comme disparaît l’arc-en-ciel,

Ce que nous voyons et rêvons.

 

Par conséquent ne trouble pas

La courte, et la belle errance -

Car il menace tout, il vient,

Le fatal changement !

 

 

(Traduction protégée par copyright.)