Aaro HELLAAKOSKI

(1893-1952)

 

Finlandais de langue finnoise.

Né à Oulu. Il eut une enfance difficile, moqué en raison de son bec de lièvre, ayant de mauvaises relations avec son père. Il déménagea à Helsinki pour ses études. Il épousa Lempi Aaltonen, sœur du sculpteur Wäinö Aaltonen.

Il travailla comme enseignant dans un lycée d’Helsinki.

D’une grande qualité formelle, de nombreuses pièces méritent de ne pas être oubliées.

 

Runoja (Poèmes), 1916 ; Nimettömiä lauluja (Chants anonymes), 1918 ; Runot (Poèmes), 1947.

Aucun livre disponible en français.

 

Les champs sont déjà blanchis.

La neige tombe sans arrêt.

Noire, quasi figée, la vague tombe,

sifflement de la neige fondue sur la rive.

 

Un grand cormoran, seul,

s’assoit dans la neige sur les galets.

Tourne la tête lentement et crie.

Seule trace de vie de cette région déserte.

 

Cormoran, où trouves-tu la force de vivre

pendant le rude jour d’hiver ?

La chaleur de ta poitrine, n’est-ce pas,

te suffit, oiseau miraculeux !

 

 

 

Valkeanaan pellot kaikki ovat jo.
Lakkaamatta uutta lunta sataa.
Musta, puolijäykistynyt laine lyö
sihinällä rannan lumisohjuun.

Istuu lumisella vesikivellään
yksinäinen, kookas merimetso.
Kääntää päätään hitaasti ja huutelee. -
Ainut elonmerkki kuolleen seudun.

Merimetso, mistä elonvoimas saat
kesken monen tylyn talvipäivän ?
Oman, oman rintas lämpö, eikö niin,
riittää sulle, ihmeellinen lintu !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Elmer Rafael DIKTONIUS

(1896-1961)

 

Finlandais de langue suédoise.

Issu d’une famille d’ouvriers et d’artisans, parlant suédois, Elmer Diktonius devient rapidement bilingue car il fréquente une école où l'on parle finnois.

Il étudie la musique et devient également compositeur.

Très influencé par le futurisme, acquis aux idées marxistes, il voyage en Europe où il rencontre les organisations communistes. Plus modéré par la suite, il se détourne de l’extrême gauche et s’intéresse à la littérature plus ancienne de son pays.

Diktonius poursuit la modernisation de la poésie entamée par Edith Södergran : le refus des thèmes romantiques et de la forme classique de la poésie finlandaise en suédois : versification régulière, vers courts, allitérations nombreuses empruntées à la tradition finnoise. Il renouvelle les images, usant de métaphores recherchées et originales, et d’un rythme complètement libéré. Il emploie aussi, le premier, un langage direct et familier dans la poésie.

Son style nouveau ne lui vaut pas la faveur du grand public, et le faible intérêt des lecteurs actuels pour la poésie et les auteurs du passé a entravé la reconnaissance de son œuvre. Il s’agit pourtant d’un des poètes européens les plus originaux et les plus doués de son temps : l’un des rares à avoir su renouveler complètement formes, thèmes, expression tout en conservant courageusement l’idée que la poésie peut continuer à être lyrique – être l’expression d’un individu – et musicale.

 

Min dikt (Ma poésie), 1921 ; Hårda sånger (Durs chants), 1922 ; Stark men mörk (Fort mais sombre), 1930 ; Gräs och granit (Herbe et granit), 1936 ; Dikter 1912-1942 (Poèmes 1912-1942), 1955 .

 

Nous discutons actuellement des droits pour publier un recueil.

 

 

Jag slår min arm om allt

 

Jag slår min arm om allt

vad jag har kärt :

en värld

av stort och smått -

av djur och mänskor, böcker,

hav och himlar, vetskap,

aning och musik,

och rackors skall

och kristusbarnets blöjor,

och mycket mera till

som gjort mig som jag är,

och skänkt mig skumma sår

och läppjanljuva minnen -

allt av samma sötma.

 

En världsbild,

blott av dessa ögon fångad,

bär jag inom mig,

och ögonen sin skärpa mist

med åren,

men skarpare det hela ändå

framstår,

och kärare, som helhet ;

inom mig.

 

Allt krossas kanske -

kanske bör -

av dessa onda tider ;

allt ryckes bort

från mig -

förintas.

men kärleken,

den kärlek tingen fött i mig,

deras andemening,

utrotas ej med mig -

den ovan graven än,

därom är jag förvissad,

i gräset dallra skall

för nya vindars fläktar.

 

Jag slår min arm om allt -

jag slår den tätt

omkring min kärlek.

 

 

 

J’enlace tout

 

J’enlace tout

ce que j’ai aimé :

un monde

de grandeur et de petitesse -

d’animaux et d’hommes, de livres,

de mers et de cieux, de savoir,

pressentiment, musique,

et l’aboiement des chiens

et les couches du christ,

et encore beaucoup plus

qui m’a fait ce que je suis,

et m’a donné crasseuses blessures

et souvenirs aux lèvres douces -

tout de la même douceur.

 

Une image du monde,

prisonnière simplement de ces yeux,

je porte en moi,

et les yeux ont perdu leur acuité

avec les ans,

mais tout cela cependant se révèle

plus perçant,

et plus cher, comme totalité ;

en moi.

 

Tout se brise peut-être -

et peut-être le doit -

par ces temps mauvais ;

tout est retiré

loin de moi -

anéanti.

Mais l’amour,

l’amour que les choses ont nourri en moi,

leur esprit,

n’est pas supprimé avec moi -

au-dessus de la tombe encore,

j’en suis certain,

dans l’herbe il va trembler

sous le souffle de vents nouveaux.

 

J’enlace tout -

je serre mes bras

autour de mon amour.