Kerstin SÖDERHOLM

(1897-1943)

 

Finlandaise de langue suédoise.

Née à Helsinki, elle fut critique littéraire et poète. Sa santé fragile l'empêcha de suivre des études universitaires, elle fut donc autodidacte. Elle se suicida en 1943.

Poète blessée, Kerstin Söderholm écrit dans la lignée de Diktonius et de Södergran ; sa sensibilité à fleur de peau est chez elle une vraie particularité poétique.

 

Rösten ur tingen (La voix de la chose), 1923 ; Rödgula vägar (Chemins oranges),1928 ; Ord i natten (Mots dans la nuit), 1933 ; Porten (La porte), 1937.

 

Nous discutons actuellement des droits pour publier un recueil.

 

Den hårda glädjen

 

Du måste offra allt

och ta din glädje,

där den är vassast mängd med tagg

vid dikeskanten

- där den är bittrast

och mest tung för dig,

den hårda glädjen.

Säg anar du, vad den förmår att ge,

den hårda glädjen,

som pressar allt ditt innersta

och smular ditt hela jag

och träffar det du djupast gömt

och dödar -

men finns hos dig

och växer till ett ofattbart

och sällsamt dyrt och bittert vunnet ting

i dig -

den hårda glädjen,

som stiger somm ett jubel

ur din själs förtvivlan ?

 

 

La dure joie

 

Tu dois tout sacrifier

et prendre ta joie

là où elle est la plus tranchante et pleine de piquants

au bord du fossé

- là où elle est la plus amère

et la plus lourde pour toi,

la dure joie.

Dis, pressens-tu ce qu’elle peut donner,

la dure joie,

qui presse ton intériorité

et met ton moi en poussières

et trouve ce que tu cachas le mieux

et tue -

mais se trouve en toi

et croît jusqu’à l’inconcevable

à devenir les choses les plus précieuses et singulières

et gagnées les plus amèrement

en toi -

la dure joie,

qui surgit comme un cri de joie

hors du désespoir de ton âme ?

 

La voûte des bouleaux

 

Sans toi la voûte des bouleaux ne brille pas avec clarté.

Sans toi les champs du printemps ne vont pas brunir dans l’attente.

Sans toi l’anémone n’est ni droite, ni ondoyante.

Sans toi le discours des grives dans le bosquet n’est pas un rire perlé.

 

Où tu vas sur la terre elle se fend de fleurs,

le vent chante parmi les jeunes pousses.

Là où tu cueilles une herbe, la lumière est la plus chaude,

où tu souris à un papillon des fleurs de merisier tombent comme un tapis sur la terre.

 

      Là où tu voyages,

      la terre luit d’un éveil merveilleux.

 

 

Björkarnas valv

 

Björkarnas valv är inte skimrande ljust utan dig.

Vårens mark är inte väntande brun utan dig.

Vitsippan är inte böjlig och stolt utan dig.

Lundarnas taltrast är inte pärlande glad utan dig.

 

Där du går över marken brister ängen i blom,

drar vinden sjungande genom brodden.

Där du plockar en ört är solskenet varmast,

där du ler mot en fjäril faller häggblom som en matta över jorden.

 

      Där du vandrar

      lyser jorden av vaknandets under.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

P. MUSTAPÄÄ,

pseudonyme de Martti Haavio.

(1899-1973)

 

Finlandais de langue finnoise.

Folkloriste et poète, il enseigna à l’université. Très attaché à la culture finlandaise, il fut aussi traducteur (il traduisit par exemple L’opéra de quat’sous de Brecht).

Né à Temmes, il commença très tôt à écrire des poèmes et des nouvelles. D’une nature réservée, il participa néanmoins à de nombreuses associations d’étudiants et écrivit dans un journal universitaire. Il épousa une folkloriste, Elsa Enäjärvi, qui révisa certains de ses poèmes. Haavio se considérait comme un folkloriste avant tout et publia des ouvrages sur la poésie traditionnelle finnoise et le Kalevala.

Peu de poètes folkloristes sont parvenus à constituer une œuvre aussi forte et poétique ; à vrai dire, je n’en connais aucun.

 

Laulu ihanista silmistä (Chant des yeux superbes) ; 1925 Laulu vaakalinnusta, 1927 ; Koiruoho, ruusunkukka (Absinthe, rose), 1947.

Aucun livre disponible en français.

 

Laulu

 

Tein lasinkuultavan laulun.

Älä luule, että voit

sen alta paeta. Siihen jäät

ja siinä aina soit.

Ja laula, jonka laadin,

oli aivan sanaton :

olet kaunein, mitä tiedän,

olet kaunein, mitä on.

 

Tein lasinkuultavan laulun.

Joko huomaat, tajuat:

se vaimentaen vahvistaa

suven äänet ihanat,

veden solinan, airojen kohahtelun

ja suhinan kaislikon.

Olet kaunein, mitä tiedän,

olet kaunein, mitä on.

 

 

 

Chant

 

J'ai composé un chant cristallin.

Ne crois pas que tu peux le fuir.

En lui tu demeures

et en lui tu seras musique, toujours.

Et ce chant, que j'ai composé,

était tout à fait implicite :

tu es la plus belle que je connaisse,

tu es la plus belle qui soit.

 

J'ai composé un chant cristallin.

Que tu remarques, comprends :

il amplifie, étouffant

les merveilleuses voix de l'été.

Le murmure de l'eau, le bruit des rames

et le souffle des joncs.

Tu es la plus belle que je connaisse,

tu es la plus belle qui soit.

 

Mélodie populaire

 

Quand le ferblantier Lindblad jouait de son accordéon sur les marches de sa maison.

 

Simplement une petite chanson populaire,

et des mots, il n’y en a pas,

simplement une petite chanson populaire,

pas de mots, pas un seul,

 

simplement un parfum de menthe et de rose,

que le vent emporte,

simplement un parfum de menthe et de rose,

le vent l’emporte,

 

simplement un oiseau solitaire,

se lamentant en un champ triste,

simplement un oiseau solitaire,

se lamentant dans un champ,

 

simplement la désolation dans les feuilles des arbres,

le jardin bleu de l’amour,

simplement la désolation dans les feuilles des arbres,

terre bleue, désolée.

 

Kansansävelmä

 

Kun läkkiseppä Linblad soitti hanurilla tupansa portailla.

 

Vain pieni kansanlaulu,

ja sanoja ei ole ollenkaan,

vain pieni kansanlaulu,

ei sanoja ollenkaan,

 

vain tuoksua mintun ja ruusun,

jota tuuli kantaa tullessaan,

vain tuoksua mintun ja ruusun,

tuo tuuli tullessan,

 

vain yksinäinen lintu,

joka synkeällä kedolla valittaa,

vain yksinäinen lintu,

joka kedolla valittaa,

 

vain autius lehtipuissa

ja sininen rakkauden kryytimaa,

vain autius lehtipuissa

sininen, autio maa.