Uuno KAILAS

(1901-1933)

 

 Finlandais de langue finnoise.

Né à Heinola dans une famille de fermiers, Uuno Kailas a une enfance malheureuse : sa mère meurt quand il a deux ans, aucun de ses frères ne vécut longtemps. Il est élevé par des tantes, et par sa grand-mère. En 1919 il participe à des opérations militaires en Russie avec un ami, celui-ci meurt et Kailas déserte. Il étudie en 1920 l’esthétique et l’histoire de la littérature à Helsinki, et commence à écrire. Il traduit Edith Södergran, Baudelaire. Il est alors très proche de Kaarlo Saarkia, autre poète. Il rencontre Lyyly Pajunen dont le foyer devient un refuge. En 1929 il est hospitalisé pour dépression nerveuse, et attrape la tuberculose, dont il meurt en 1933.

Avec Kailas, naît une nouvelle force dans la poésie finlandaise : celle de la poésie politique, engagée. Je dis force, car la littérature finlandaise est parvenue à concilier poétique et politique.

 

Tuulija tähkä ynnä muita runoja (L’épi au vent et autres poèmes), 1922 ; Runoja (Poèmes), 1932.

 

Un volume de poèmes disponible publié chez Riveneuve.

 

Lapsen kehto

 

Lapsen kehto - valtakunta suurin :

siinä nukkuu pieni äärettömyys.

 

Salaperäinen on kehto keinuessaan :

siinä tuuditellaan tulevaisuus.

Siinä odottavat kapaloissaan

kaikki voimat, kaikki tapahtumat,

kaikki viattomuus, kaikki synnit,

koko mystillinen ihmiselo.

 

Väkevä on lapsi, lapsen käsi.

Hän on kerran punnitseva meidät.

Lapsi leikkii huolettomin käsin

nimillämme unohduksen leikin.

 

 

Le berceau de l’enfant

 

Le berceau de l’enfant - le plus grand royaume :

y dort une petite infinité.

 

Mystérieux est le balancement du berceau :

là est bercé le futur.

Là attendent dans les langes

toute puissance, tout évènement,

toute innocence, tous péchés,

tout le mystère de la vie humaine.

 

Puissant est l’enfant, puissante est la main de l’enfant.

Un jour il nous en a pesé.

L’enfant joue, les mains insouciantes,

avec nos noms au jeu de l’oubli.

 

Le regard de l’enfant

 

Il n’y a rien de plus pur que ton regard :

à travers lui je vois un paradis perdu

avant que n’advienne la chute.

 

Hélas, l’image sale et impure du monde

comme une peste un jour rongera ton regard !

Tu verras un jour, comme je l’ai vu,

toute beauté te fuir.

Disparaître ta mère, mourir ton frère.

Tu verras le cœur des hommes se révéler bestial ;

tu verras le visage lépreux de la vie devant toi.

Ta jambe, elle aussi, sera saisie par la souillure du marais

oui, tu seras comme un chien pour les autres chiens, ayant rejoint

ceux qui dans la vie sont salis et salissent.

 

Mais peut-être aussi que dans le désert de tes yeux

par un miracle : à travers le clair regard d’un enfant

de nouveau se révèlera la beauté ensoleillée

comme une vision de la vie, qui en sa ronde

toujours revient à la pureté, et plus pure encore,

au plus profond, au commencement, qui est la beauté.

 

Et tu verras : toute illusion, toute laideur - ta propre laideur -

n’était pas plus durable ravage de la beauté de la vie

que le galet oublié lancé dans la mer,

qui dans le calme, merveilleusement, complète le tout.

 

Lapsen silmä

 

Ei mitään puhtaampaa kuin silmäs sun :

mä niiden kautta katson kadotettuun paratiisiin

ja aikaan ennen syntiinlankeemusta.

 

Voi että likainen ja rietas kuva maailman

sun silmäterääs kerran niinkuin rutto syöpyy !

Näät ehkä kerran, niinkuin minä näin,

pois kaiken kauniin pakenevan itseltäs.

Et löydä äitiäs ja veljesi on kuollut.

Näät ihmissydämien eläinnäyttelyn ;

näät elon spitaaliset kasvot edessäs.

Ja myöskin oma jalkas saastan suohon tarttuu

ja, niinkuin koira koiriin, liityt niihin,

jotk’ elämässä tahrattiin ja tahraavat.

 

- Mut ehkä myöskin silmäs erämaahan kerran

kautt’ ihmeen : kirkkaan lapsensilmän kautta

taas taittuu aurinkoisin kauneus

kuin näky elämästä, joka kierrossaan

yhäti palaa puhtaaseen ja puhtaimpaan,

sisimpään, alkutilaan, jok’on kauneus.

 

Ja näet : kaikki harha, rumuus - myös sun rumuutes -

ei ollut pysyvämpi tuho kauniin elämän

kuin unohtuva kivenheitto mereen,

jok’ ihanaksi rauhassaan on täydentyvä.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Katri VALA

(1901-1944)

 

Finlandaise de langue finnoise.

Katri Vala naquit sous le nom de Karin Alice Wadenström à Muonio. La mort de son père en 1911 plonge la famille dans la pauvreté. En 1922 elle obtient un diplôme pour enseigner.

Elle épouse en 1930 Armas Heikel, un chimiste qui a du mal à trouver du travail en raison de ses convictions politiques marquées à gauche. Elle même écrit dans des journaux où elle attaque en particulier la montée des fascismes. Pacifiste, elle critique la guerre d’hiver contre la russie. Tuberculeuse depuis 1928, elle s’installe en Suède chez son frère, son mari ayant été arrêté et ses revenus devenant insuffisants.

Katri Vala concilie plusieurs mondes poétiques : le symbole rencontre chez elle la terre, le social croise la mélancolie.

 

Kaukainen puutarha (Jardin secret), 1924 ; Sininen ovi (La porte bleue), 1926 ; Kootut Runot (Poèmes complets), 1948.

 

Aucun livre disponible en français.

 

Aamulaulu

 

Olen uneksinut ihanasti

taivaan tähtisen viitan liepeissä,

olen herännyt auringon huutoon

puutarhani kasteisissa puissa.

Mustila vuorilta juoksee virta,

sen erämaatuoksuiset laineet

huuhtovat nauraen jäseneni.

 

Oi te kaikki kukkani,

oi te kaikki lapselliset hedelmät,

joiden mehu kuohuu

kuultavan kuoren alla,

miten kauniisti ojennutte

poimivaa kättäni kohden,

kuin olisi se suloinen, pieni jumala,

jota ei voi vastustaa.

 

 

 

 

Chant du matin

 

J’ai rêvé merveilleusement

dans la cape étoilée du ciel,

je me suis réveillée à l’appel du soleil

dans les arbres couverts de rosée du verger.

Une source se hâte des montagnes noires,

ses vagues ont le parfum des régions désertées

elles baignent mes membres tout en souriant.

 

Ô vous toutes mes fleurs,

Ô vous tous les fruits enfantins,

vous dont le jus écume

sous la peau dorée,

vous vous tendez d’une telle beauté

vers ma main prête à vous cueillir,

comme s’il y avait là un petit dieu gracieux,

auquel on ne peut résister.