Herman BANG

(1857-1912)

 

Né le 2 avril 1857, dans une famille noble. Son père était pasteur. Il perdit sa mère très jeune. Après des études universitaires il commença une carrière de journaliste, puis devient acteur, metteur en scène, à Paris et à Copenhague. Il voyagea beaucoup et vécut dans de nombreuses villes européennes. Il introduisit le naturalisme au Danemark, avec un intérêt particulier dans ses romans pour les gens « ordinaires ». Homosexuel, il fut mis à l’écart de la vie culturelle danoise et victime de campagnes haineuses. Il vécut quelques années de bonheur avec l’acteur allemand Max Eisfeld. Il habita le reste de sa vie avec sa sœur.

La noirceur résignée de Bang, associée à sa légèreté de ton, désarçonne ; son écriture libre et franche, changeant au gré de son inspiration, fait songer à celle d’Obstfelder : voilà deux poètes frères.

 

Digte (1889)

Aucun recueil de poèmes disponible en français.

 

 

Min moder

 

Hvorfor sér jeg bestandig

dit tungsindige Blik ?

hvorfor hører jeg altid

din bedrøvede Røst ?

 

Moder - er det fordi

det var den samme Jammer,

hvorunder Du led,

hvormed jeg kæmper ?

 

Var det den samme Sorg,

der bragte Dig Døden,

Døden, den tidlige Død,

Blomstens, der knækkes, lig ?

 

Jeg ved det ej :

din Smerte talte ikke.

 

Men jeg, jeg vilde saa gerne

nu lægge mit Hoved i dit Skød,

og dine Hænder skulde stryge mit Haar,

mens jeg skrifted mit Hjertes Nød.

 

Hvem véd ? maaske gav det Trøst,

at der var samme Jammer,

- der kan føre til samme Død -

for Dig, min Moder, mit Udspring,

og mig, i hvem Du

forplanted din Nød.

 

Ma mère

 

Dis-moi pourquoi je vois constamment

ton regard triste ?

Dis-moi pourquoi j’entends toujours

ta voix affligée ?

 

Mère - est-ce parce que

c’était la même misère

sous laquelle tu peinais,

contre laquelle je lutte ?

 

Etait-ce la même souffrance

qui t’apporta la mort,

la mort, la mort précoce,

celle de la fleur brisée ?

 

Je ne sais pas :

ta peine était muette.

 

Mais moi, je voudrais tant, maintenant

poser ma tête contre toi,

tes mains caresseraient mes cheveux

et je confesserais ma détresse.

 

Qui sait ? Cela consolerait peut-être,

que ce soit la même misère,

qui peut donner la même mort -

pour toi, ma mère, mon origine,

et moi, en qui

tu transmis la même détresse.

 

(Traduction protégée par copyright. 8 poèmes traduits dans l’anthologie de la poésie nordique romantique.)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Sophus CLAUSSEN

(1865-1931)

 

Sophus Claussen naît le 9 décembre 1865 sur l’île de Langeland. Il étudie le droit avant d’abandonner ses études. Membre du groupe d’étudiants radicaux réunis autour de Georg Brandes, il publie en 1887 un recueil de poèmes qui fait scandale, Naturbørn. Il travaille parallèlement dans divers journaux. Entre 1892 et 1894 il voyage en France et en Italie, rencontrant Verlaine et les symbolistes. Il retournera d’ailleurs dans ces deux pays en 1902 et 1906.

La poésie de Claussen est trop variée pour être rapidement présentée ; entre le romantisme, le symbolisme, le parnasse, cette écriture ne cesse d’expérimenter et de se chercher. Il est un poète majeur du Danemark, faisant la transition entre deux époques. Notons que la radicalité est absente de l’histoire de cette littérature ; Claussen le montre bien : évoluant peu à peu dans une recherche qui suit le temps présent et ne veut pas le devancer.

 

Naturbørn (Enfant de la nature), 1887 ; Pilefløjter (Flûtes de saule), 1899, Djævlerier (Diableries), 1904 ; Danske vers (Vers danois), 1912 ; Billeder og Vers (Images et Vers), 1928 ; Levende Vande (Eaux vivantes), 1946.

Aucun livre disponible en français.

 

 

Kærlighed

 

Tal ej om skuffet Kærlighed

og Hjærter, som er brudt !

man gør sig lidt Besværlighed

og ta'r en ny til slut.

 

Tal ej om evig Kærlighed!

vort Hjærte kun slaar Smut ;

det hopper let fra Sted til Sted

og synker træt til slut.

 

Amour

 

Ne parle pas d’amour déçu

ni de cœurs brisés !

on se donne du mal, malgré tout

et l’on change à la fin.

 

Ne parle pas d’amour éternel !

notre cœur fait des ricochets ;

il bondit de place en place,

et sombre épuisé à la fin.

 

Drømme

 

Der er sunget om Drømme i duftrige Ord.

- Drømme er Djævelens Engle paa Jord.

 

De daarer, at Djævlen des bedre kan spotte,

nynner om Lyst for en Last at blotte.

 

Fryd bliver Vildskab og Vildskab Jammer

udbrændt i Drømmenes Helvedflammer.

 

 

 

Rêve

 

Il est des chants sur le rêve en des mots riches de parfums.

- Les rêves sont les anges du diable sur terre.

 

Ils trompent, que le diable se moque mieux,

chantant sur le désir, pour dénuder un vice.

 

La joie devient sauvagerie, et la sauvagerie malheur,

brûlée dans les flammes infernales des rêves.