Yrjö JYLHÄ

(1903-1956)

 

Finlandais de langue finnoise.

Traducteur et poète. Il fut particulièrement marqué par les horreurs de la guerre d’hiver, à laquelle il participa, sur le front, en tant qu’officier. Son recueil le plus célèbre, Kiirastuli, fut écrit juste après cette guerre et est souvent considéré comme le meilleur recueil de poèmes de son temps.

. Jylhä mérite de figurer aux côtés de Wilfried Owen parmi les grands poètes de la guerre ; sa tragédie humaine, son œuvre de destruction, il put en dire, avec terreur et beauté, toute l’expérience.

 

Risti Lumessa (La croix dans la neige), 1937 ; Kiirastuli (Purgatoire), 1941 ; Runoja (Poèmes), 1943 .

 

Aucun livre disponible en français.

 

Une rencontre en forêt

 

Un canon de fusil et deux yeux

te regardent sans ciller ;

tu lèves la main

déclenchant la flamme de mort.

 

Le temps d’un clin d’œil, moment glacial

et une éternité :

est-ce la fin de ta vie d’éclaireur ?

Tes os pourriront-ils en forêt ?

 

Il a raison de vouloir ta mort, comme toi la sienne -

mais d’où vient ce droit ?

Il ne peut venir chez toi comme invité :

il est l’ennemi.

 

Tu ne sais qui il est, d’où il vient,

tu ne sais rien de lui,

sinon qu’un être humain

est devant le canon de l’arme.

 

Ainsi se rencontrent l’est et l’ouest,

ainsi les uns rencontrent les autres.

Mais l’un reste pour se rappeler,

l’autre quelque part est regretté.

 

Kohtaus metsässä

 

Kiväärinpiippu ja silmää kaksi

sua väijyvät rävähtämättä,

sinä surmanliekin laukaisijaksi

kohotat kättä.

 

Vain silmänräpäys, hyytävä hetki

ja pitkä kuin iankaikkisuus :

joko päättyy sult’ elon partioretki,

joko metsään maatuvat luus ?

 

on hällä oikeus tappaa, ja sulla -

mut mistä saitte sen oikeuden ?

Ei voi hän vieraaksi majaas tulla :

hän on vihollinen.

 

Et tiedä ken on hä, mistä,

et tiedä hänestä muuta,

kuin että käy joku ihmisistä

päin pistoolinsuuta.

 

Niin kohtaavat toisensa länsi ja itä,

niin kohtaavat ihmiset toisiaan.

Vain toinen muistelemaan jäi sitä,

ja toista jossakin kaivataan.

 

 

 

Autio talo

 

Autio piha, hyljätty talo,

ikkunoista on sammunut valo,

ovet on auki, liesi on jäässä,

ammuttu koira porraspässä.

 

Oudosti täällä nyt askeleet kaikaa ;

seinäll’ on kello, tauonnut aikaa,

pöydällä kantele, nurkassa rukki -

viimeksi sillä on kehrännyt lukki.

 

Kaunisti elivät täällä he kerran

peltojen keskellä pelossa Herran ;

helisi kantele, hyrisi rukki,

ikkunan alla pihlaja kukki.

 

Autio talo, tuomittu talo,

räystäitä nuolee jo liekkien palo -

mutta ei liekit tuhota saata

rakasta, ikuista perintömaata.

 

 

 

Maison vide

 

Cour vide, maison abandonnée,

pas de lumière aux fenêtres,

les portes sont ouvertes, le fourneau est gelé,

un chien aboie en haut de l’escalier.

 

Etrangement, là, maintenant, résonnent des pas ;

au mur une horloge, arrêtée depuis longtemps,

sur la table un kantele, un rouet dans le coin -

seule ces derniers temps l’araignée a filé.

 

Ils vivaient là dans la beauté

au beau milieu des champs dans la peur du Seigneur ;

le kantele sonnait, le rouet fredonnait,

et sous la fenêtre fleurissait le sorbier.

 

Maison vide, condamnée,

les flammes maintenant emportent les corniches -

mais elles ne pourront détruire

ce pays hérité, aimé, et éternel.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Arvo TURTIAINEN

(1905-1980)

 

Finlandais de langue finnoise.

Arvo Turtiainen n’eut pas une enfance facile. Son père, alcoolique, se suicida en 1920. Il évolua vers le socialisme, le marxisme, choisissant pour thème la vie des ouvriers et des chômeurs. Il participa à la guerre d’hiver, puis déserta, refusant de se battre aux côtés des nazis, ce qui lui valut un séjour en prison.

 

Muutos (Transformation), 1936 ; Tie pilvien alta (Le chemin sous les nuages), 1939 ; Runoja (Poèmes), 1964.

 

Aucun livre disponible en français.

 

Le plus beau

 

Le plus beau poème naît

quand un être humain est près d’un autre,

quand la tendresse,

simple et sans limite

sans question,

va de l'un à l'autre.

 

Tu n'oublies pas le plus beau poème.

Il est scellé sur le front, dans les yeux,

sur les lèvres et dans le cœur,

scellé pour lire l’amour,

scellé pour délivrer l’amour.

 

 

Kaunein

 

Kaunein runo syntyy

kun ihminen on lähellä ihmistä,

kun hellyts,

yksinkertainen ja rajaton,

vailla kysymyksiä

virtaa toisesta toiseen.

 

Kauneinta runoa ei unohda.

Se on sinetöity otsaan, silmiin,

Huulin ja sydämeen,

sinetöity rakastavien lukea,

rakastavien kirvoittaa.

 

Kuva: Arvo Turtiainen (1969) Antero Tenhunen.