Eeva-Liisa MANNER

(1921-1995)

 

Finlandaise de langue finnoise.

Eva Liisa Manner naquit à Helsinki, mais passa la majeure partie de son enfance à Vyborg. Précurseur du modernisme, elle écrivit un roman autobiographique, Tyttö taivaan laitunilla, ainsi que des pièces de théâtre. Elle a aussi traduit plus de cent auteurs allemands, anglo-saxons et de langue suédoise.

Eeva-Liisa Manner apporte un style nouveau ; utilisant des images contrastées, brisant l’unité de poèmes même courts, elle semble vouloir capturer l’instant de la pensée, faire de nous les témoins de sa vision poétique, telle qu’elle-même la vécut.

 

Mustaa ja punaista (Rouge et noir), 1944 ; Kuin tuuli ja pilvi (Comme vent et nuage), 1949 ; Kirkas, hämärä, kirkas - kootut runot (Clair, sombre, clair - Poèmes complets), 1999.

 

 

Sateentulon kuvaus

 

Tämä on veden ja ruohon dialogi myöhään illalla ennen sadetta,

kun vesi kuiskaa airoille salaisuuksiaan

 

ja puun ja ruohon ja veden tuoksu on solminut liiton

eri aineiden kanssa, se on kolmisointu tutussa tuoksussa,

 

äänen kolmisointu : pääskysen karhea  kimeä huuto

on solmittu pääskysen ilosta, jossa yhtyy keveys, kiihkeys ja ikkuva kutsu,

 

leikkivät innokkaat huudahdukset putoilevat taivaalta,

valo on muuttunut ääneksi ja riemuksi,

 

mutta siipi viistää vettä ja kutsuu sadetta,

rannalla lehdet ja napsahtelevat, dit, dat,

 

ja aurinko on väsynyt ja kastaa värinsä veteen,

tulee yö, hiljaisuus kohoaa kaislikosta,

 

pilvi kiitää ääneti, metsä kohahtaa,

sade kiertää nummen, virittää pehmeät rummut.

(...)

 

 

Description de l'arrivée de la pluie

 

Voilà le dialogue de l'eau et de l'herbe tard le soir avant la pluie,

quand l'eau chuchote aux rames ses secrets

 

quand l'arôme du bois et de l'herbe ont noué une union

avec d'autres matières, c'est un accord dans un parfum connu,

 

accord de la voix : le cri rauque et perçant de l'hirondelle

est noué avec la joie de l'hirondelle, où s'unissent légèreté, ardeur et appel narquois,

 

des cris enthousiastes jouent et tombent du ciel,

la lumière est changée en voix et en joie,

 

mais l'aile frôle l'eau et appelle la pluie,

sur la rive les feuilles claquent, tit, tat,

 

et le soleil est fatigué et plonge sa couleur dans l'eau,

la nuit vient, le calme murmure dans les joncs,

 

un nuage file sans voix, la forêt bruit,

la pluie tourne autour de la lande, tend ses souples tambours.

(…)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bo CARPELAN

(1926)

 

Finlandais de langue suédoise.

Bo Carpelan passa son enfance à Helsinki ; ses parents avaient des revenus modestes mais il eut une enfance heureuse. Il étudia la littérature à l’université d’Helsinki, en France, en Angleterre et aux Etats-Unis. En 1954 il épousa Barbro Eriksson, avec qui il eut deux enfants. Il a écrit des romans ; dont Axel, en 1986, des essais, des pièces de théâtre. Son premier recueil de poème, Som en dunkel värme, parut en 1946 ; c’est avec le recueil  Den svala dagen, de 1961, qu’il trouva la notoriété.

Désirant composer une œuvre originale, il n’en a pas moins accepté quelques influences, très diverses (la notion « d’école littéraire » est quasiment étrangère aux littératures nordiques), comme celle d’Eluard, de Georg Trakl ou même de l’existentialisme. « La poésie est ma vraie patrie », a-t-il écrit.

 

Som en dunkel värme (Comme une sombre ardeur), 1946 ; Moln (Nuage), 1954 ; 73 dikter (73 poèmes), 1966 ; Källan (La source), 1973 ; Nya dikter (Nouveaux poèmes), 2007.

 

De nombreux volumes disponibles en français : chez Gallimard, La Feugraie, Arfuyen.

 

Minne

 

Som när handen ofrivilligt

slår mot tvättkarskanten,

tystnaden blir hörbar in i smärtan,

 

mor ser upp, men minnet vet

att hon är död,

att knogarna ömmar, omsorgslösa.

 

 

 

Mémoire

 

Comme lorsque la main involontairement

tape contre le bord du cuveau,

le silence devient audible dans la douleur,

 

maman fait attention, mais la mémoire sait

qu’elle est morte,

que les jointures font mal, sans compassion.