Erik Axel KARLFELDT 

(1864-1931)

 

Spécialiste de littérature anglaise auprès de l’institut Nobel de l’académie suédoise puis secrétaire perpétuel du comité Nobel pour les prix littéraires, Erik Axel Karlfeldt refusa le prix à ce titre. Il lui fut décerné après sa mort, en 1931. Originaire du Dalarna, la Dalécarlie, il écrivit des poèmes très inspirés par cette région. Une œuvre qui se singularise par sa légèreté (dans le bon sens du terme), sa fraîcheur, sa simplicité et sa modestie.

 

Vildmarks och kärleksvisor (Chants d’amour et de terres sauvages), 1895 ; Fridolins visor ( Les chants de Fridolin), 1898 ; Flora och Pomona (Flore et Pomone), 1906 ; Hösthorn ( Corne d’abondance de l’automne), 1927.

 

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Cardiaca lamiaceæ

 

Calme et obscure est la lande,

bruissements et lumière meurent.

On aperçoit les étoiles, et le bois luit

des arbres vieillis. Maintenant

que je me lève hors de l'ivresse des roses,

envolée avec les vents et la lumière de l'été,

cardiaca lamiaceæ,

fleur apaisante,

fleuris-tu près de ma maison?

 

Des éclairs de chaleur éblouissants

portent des traces de feu sur le sentier de l'horizon,

déchirant, pourchassant l'orage encore,

bien qu'ils se calment autour de moi.

Coups de tonnerre qui ont secoué le firmament de ma vie

feux de la fin de l'été qui ont brûlé mon âme,

cardiaca lamiaceæ,

fleur apaisante,

rafraîchis-tu leurs brûlures ?

 

Ecoute, mon cœur ! Sur la lande,

tremble la note de la dernière passion,

le tonnerre puissant

renvoie un adieu du pont bleu de la nuit.

Grandiose fut la vie dans les roses et l'ivresse,

et d’errer dans l'ardeur comme près d'incendies ;

lamier amplexicaule,

fleur d'automne, consolante,

malheureux est ton bruissement sans musique.

 

 

Hjärtstilla, ou Smärtstilla est le nom commun donné en Suède à la cardiaca lamiaceæ , une plante commune à fleurs ; textuellement, ces deux mots signifient : "calmer le coeur", ou "apaiser la souffrance". Le lamium amplexicaule, en français lamier, est une autre plante à fleurs, dont le nom commun en Suède est Höstblomma, ou fleur d'automne.

 

 

Hjärtstilla

 

Stilla och skumt är på heden,
dagssus och dagsljus dö hän.
Stjärnorna skönjas, och veden
lyser från murknade trän.
Nu när jag uppstår ur rosornas rus,
flyktat med sommarens vindar och ljus -
hjärtstilla,
smärtstilla,
blommar du nu kring mitt hus?

 

Blänkande kornblixtar draga
eldspår på synrandens stig,
tälja att ovädren jaga
än, fast de tystnat kring mig.
Åskor som skakat mitt livs firmament
sensommareldar som själen bränt,
hjärtstilla,
smärtstilla,
svalkar du svedan de tänt?

 

Lyssna, mitt hjärta! På heden
darrar en sista lidelsens ton,
tordönets väldiga reden
eka farväl från den nattblåa bron.
Stort var att leva i rosor och rus,
vandra i glöd som vid vådeldars ljus;
höstblommor,
tröstblommor,
armt är ert sånglösa sus.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bo BERGMAN

(1869-1967)

 

Critique littéraire, romancier, auteur de théâtre et poète. Ses recueils de poésie forment toutefois l’essentiel de son œuvre. Personne simple et discrète, il travailla à la poste de nombreuses années. Il écrivit dans le journal Dagens nyheter.

Complètement en dehors de son temps (il faut dire que les ”courants littéraires” n’ont pas du tout la même force ni le même pouvoir dans les pays nordiques, où les artistes ont conservé toute leur indépendance), la poésie de Bergman est très mélodique ; par sa recherche thématique simple et lyrique, son refus des grands thèmes, du didactisme, il rompt clairement avec les derniers romantiques.

 

Marionetterna (Les marionnettes), 1903 ; En människa (Un être humain), 1908 ; Elden (Le feu), 1917 ; Livets ögon (Les yeux de la vie), 1922 ; Trots allt (En dépit de tout), 1931 ; Gamla gudar (Anciens dieux), 1939 ; Riket (Le royaume), 1944 ; Stockholmsdikter (Poèmes de Stockholm), 1947.

 

Aucun livre disponible en français.

 

 

Melodi

 

Bara du gå över markerna,

lever var källa,

sjunger var tuva ditt namn.

Skyarna brinna och parkerna

susa och fälla

lövet som guld i din famn.

 

Och vid de skummiga stränderna

hör jag din stämmas

vaggande vågsorl till tröst.

Räck mig de älskade händerna.

Mörkret skall skrämmas.

Kvalet skall släppa mitt bröst.

 

Bara du går över ängarna,

bara jag ser dig

vandra i fjärran förbi,

darra de eviga strängarna.

Säg mig vem ger dig

makten som blir melodi ?

 

 

Mélodie

 

Simplement quand tu vas sur la terre,

vit chaque source,

chante chaque herbe ton nom.

Les nuages brûlent et les parcs

chuchotent et laissent tomber

les feuilles comme or dans tes bras.

 

Et près des rivages d’embruns

j’entends ta voix,

murmure de vague

berçant jusqu’à consolation.

L’obscurité peut s’effrayer.

L’angoisse peut laisser mon cœur.

 

Simplement quand tu vas par les champs,

simplement quand je te vois

errer au loin, devant,

vibrent d’éternelles cordes.

Dis-moi qui te donne

la puissance qui devient mélodie ?