Hans Christian ANDERSEN

(1805-1875)

 

Né en 1805 à Odense. Fils d’un cordonnier mort prématurément, il passe une enfance misérable, livré à lui-même. Il parvient à se cultiver seul, lisant, entre autre, Shakespeare. Sa jeunesse n’est guère plus brillante : échouant à devenir chanteur d’opéra, peu enclin au travail, il vit dans la pauvreté. Le roi Frédéric VI, intéressé par le personnage, l’envoie suivre des études. Il écrit alors un roman fantastique qui remporte un grand succès.

Il fut également auteur de théâtre, au Théâtre Royal de Copenhague. Ses romans lui assurèrent une renommée internationale, bien qu’aujourd’hui on le connaisse surtout, voire exclusivement pour ses contes. Contes qu’il écrivit pour des lecteurs adultes. Il fut un grand voyageur.

La poésie d’Andersen ne mérite pas d’être occultée par ses contes : il est maître dans l’art de l’anecdote poétique, à une époque dévouée à la grandiloquence et aux destinées extrêmes. Son intérêt pour le détail, la « petite histoire » n’est pas démodé.

 

Digte (Poèmes, 1830), Phantasier og skizzer (1831), Fire sange (1849), Digte (1854).

Aucun recueil de poèmes disponible en français.

 

 

Moderen med Barnet

 

Hist, hvor Veien slaaer en Bugt,

Ligger der et Huus saa smukt.

Væggene lidt skjæve staae,

Ruderne er ganske smaa,

Døren synker halvt i Knæ,

Hunden gjøer, det lille Kræ,

Under Taget Svaler qvid're,

Solen synker - og saa vid're.

 

I den røde Aftensol

Sidder Moder i sin Stol ;

Kinden luer dobbelt rød,

Barnet har hun paa sit Skjød.

Drengen er saa frisk og sund,

Æblekinden rød og rund !

See, hvor hun i Spøg ham banker

Paa de søde Pusselanker.

 

Katten staaer og krummer Ryg,

Men forstyrres af en Myg ;

Barsk han den med Poten slaaer,

Og igjen som Hofmand staaer.

Moder klapper Barnets Kind ;

See hvor sødt det sover ind,

Drømmer om de Engle smukke

I sin lille pene Vugge.

 

La mère avec l’enfant

 

Là-bas, où tourne le chemin,

Est une si belle maison.

Les murs sont un peu bariolés,

Et les fenêtres sont petites,

La porte est tombée à genoux,

Le chien jappe, misérable,

Sous le toit crient les hirondelles,

Le soleil baisse, etc.

 

Dans le soleil rouge du soir

La mère est assise dehors ;

Les joues s’enflamment deux fois

      rouges,

Et l'enfant est sur ses genoux.

Il est si vif et sain, les joues

Comme des pommes rouges, rondes !

Voyez comment, pour s'amuser

Elle tapote ses pieds.

 

Le chat est là, arrondissant

Le dos, gêné par un moustique ;

Il donne un violent coup de patte,

Refait le courtisan. La mère

Caresse les joues de l'enfant ;

Voyez comme il dort doucement,

Rêvant des anges magnifiques

Dans son joli petit berceau.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jens Peter JACOBSEN

(1847-1885)

 

J. P. Jacobsen est né en 1847 à Thisted. Il déménage à Copenhague en 1867, où il étudie brillamment la philosophie et les sciences naturelles ; il traduit ainsi deux œuvres de Darwin en danois.

Il publie un roman capital dans l’histoire de la littérature européenne, Marie Grubbe, étude psychologique, réaliste, féministe qui fera l’admiration de Rilke et de Lawrence.

Il meurt de la tuberculose en 1885.

Avec Jacobsen, la poésie danoise atteint une nouvelle profondeur ; elle recherche ce qui est caché ; avec une mélancolie mesurée, et avec beauté, elle sait le dénicher en de nouveaux lieux. Jacobsen ne répète pas ce qui fut dit avant lui, il est un chercheur.

 

Digte (Poèmes, 1886).

Aucun recueil de poèmes disponible en français, mais des recueils de nouvelles.

 

 

Landskab

 

Stille, du elskede Kvinde !
Tyst maa vi træde, vi to.
Der sover en Sang her inde
I Skovens natlige Ro.

 

Stille er Vover og Vinde,
Tavs er hver Sangfuglemund,
Tiende Kilderne rinde
Blankt over mossede Bund.

 

Maanestraalerne spille
Tyst mellem Bøgene frem,
Langs ad Stierne stille
Blunder en lyslig Bræm.

 

Sølvskyen selv der oppe
Hviler paa Vingen bred,
Højt over Træernes Toppe
Skuer den lyttende ned.

 

Stille er Vover og Vinde,
Tyst maa vi træde, vi to.
Der sover en Sang her inde
I Skovens natlige Ro.

 

Paysage

 

Femme aimée, chut !

Nous devons marcher en silence, nous deux.

Là sommeille un chant

Dans le calme des nuits de la forêt.

 

Calmes sont les vagues et les vents,

Muets sont les oiseaux,

Les ruisseaux coulent en se taisant

Et brillent sur le sol mousseux.

 

Les rayons de la lune jouent

En silence entre les arbres,

Loin des calmes sentiers

Sommeille une lisière claire.

 

Le nuage d’argent là-haut

Repose sur de vastes ailes,

En haut, au-dessus des cimes

Il regarde en bas et écoute.

 

Femme aimée, chut !

Nous devons marcher en silence, nous deux.

Là sommeille un chant

Dans le calme des nuits de la forêt.