Jojk ou Joïk

Le jojk est un chant same traditionnel, originellement religieux. Le chanteur, en transe, devait pouvoir communiquer avec les esprits. Les sames y voient davantage de la musique que de la poésie ; il a existé très peu de livres compilant ces chants, alors qu’on trouve encore de nombreux disques. Un terme particulier désigne les mots qui en composent les paroles – comme s’ils perdaient un peu de leur statut. En Suède, dans certaines régions, le juojk est d’ailleurs purement musical, mélopée sans parole. Les auteurs de jojk ne sont pas écrivains (à part quelques exceptions, comme Israel Ruong), et les écrivains sames sont rarement compositeurs de jojk.

Les chants qui suivent sont traduits d’après les versions suédoises d’Israel Ruong (écrivain et universitaire same, auteur d’une grammaire du same « Min samigiella »).

 

Notons que le site amazon vend en format MP3 (malheureusement) une collection de ces chants recueillis par des ethnologues.

 

Nils Mattias Andersson

 

Il garda un troupeau pour moi

le garda, le garda.

 

De nombreux beaux rennes disparurent sur le glacier Oulavuolie.

 

Mais maintenant je suis devenu vieux,

devenu vieux, devenu vieux.

 

Les plus grands ont changé,

ont changé, ont changé.

 

Les blanc-neige, les rayés,

les blanc-gris.

 

Les rennes avec leurs bois en avant

avec leurs cornes s’agitant.

 

Quand j’étais homme sur l’Oulavuolie,

l’Oulavuolie, l’Oulavuolie.

 

Sous le glacier Oulavulie

un être humain est assis dans la tente

et souffle,

agite le feu, agite le feu.

Souffle, souffle, souffle fort,

réunit les braises, souffle.

 

Et c’était nous deux.

Notre mémoire, notre mémoire sur nous

disparaît, disparaît.

Nous nous rappelons et avons oublié.

Nous sommes tous deux vieux.

 

 

 

 

Mattias Kuoljuok

 

Je chante encor un jojk sur Ultevis

sur Ultevis et ses hautes collines

et le grognement des rennes femelles

et le bruit des clochettes

on l’entend se mêler à mon jojk

que les femelles grognent sur Ultevis

que les mâles frottent leurs bois

contre les saules

sur Ultevis

ce sont les rennes

laissés par mes ancêtres

nous pouvons encore entendre

les voix des femelles et des petits

sur les pentes d’Ultevis

où le bouleau croît encore

 

 

J. Alexander Nutti

 

Le jeune renne

 

Mugis toi claire voix

que le jeune, la jeune qui guettent

entendent où tu mugis

 

tu n’es pas si près

on peut t’entendre de loin

 

 

Nils Hottis

 

Et la vie du same est ainsi :

skis aux pieds

lasso à l’épaule

et le chien près de soi

 

loin le mena

la neige la nuit

et il s’arrêta

où il trouva pâturage

 

et il n’a pas d’autre métier

que mener le troupeau

il ne se démène pas

pour autre chose

 

et qui a des rennes meneurs comme Niila Niilas

et des rennes castrés blancs il en a en Suède

 

bien sûr Niila Niilas et moi

nous sommes enfants de ce monde

mais qu’est-ce que ça peut faire

nous ne faisons pas de mal aux hommes

nous ramons et ramons pour le mieux

nous ramons comme des vikings dans leurs bateaux