Johannes Vilhelm JENSEN

(1873-1950)

 

Johannes Vilhelm Jensen naît le 20 janvier 1873 à Farsø, Himmerland. Il étudie la médecine à Copenhague et commence à écrire de la poésie pendant ses années d’étude, ainsi que des romans. Il débute vraiment en tant qu’auteur avec la publication de Danskere, en 1896 ; son premier recueil de poème, Digtere est publié en 1900. Dès 1908 il se voit accordé une pension qui lui sera donnée à vie. En 1929 il est doctor honoris causa de l’université de Lund, et en 1944 on lui décerne le prix Nobel de littérature.

Son roman Kongens Fald fut déclaré en 1999 « roman danois du siècle » par les lecteurs du Politiken et du Berlingske Tidende.

La poésie de Jensen est une prise de liberté assez unique dans la poésie nordique : il n’aura d’ailleurs pas d’héritier. Brisant toutes les formes, il s’essaie au vers libre avec pour objectif un lyrisme débarassé de toute convention. Expression de soi, sans introspection ; une poésie presque journalistique, ayant pour sujet l’instant, l’immédiat, pour palette toute la langue et ses registres, toutes les images, quelles que soient leurs connotations.

 

Digte (Poèmes), 1917 ; Digte (Poèmes), 1921 ; Mindeblad for Adam Oehlenschläger ( Hommage à Adam Oehlenschläger), 1923 ; Verdens lys ( La lumière du monde), 1926 ; Den jydske Blæst (Le vent du Jutland), 1931.

Aucun recueil de poèmes disponible en français.

 

Ved Frokosten

Kafeen skal være velsignet !
Gud ske Lov for Sofahjørnets Fløjl !
Jeg omfatter min Kellner med Sympati,
jeg sidder sval og barberet ved Bordet,
finder Stangen under det med Fødderne
og spiler Næsen mod Dugens kyske Klorlugt.

Giv mig en Bajer !
Jeg vil berømme det ravgule Øl fra Fad.
Det er isafkølet, og det fraader af Kulsyre,
Død og Djævel, hvor mine Tænder længes efter det !
Mit Svælg drikker, allerede naar jeg ser det paa Afstand !
Jeg vil begrave mig i en Slurk ...
Jeg var tørstig ... i Aftes, hvordan var det ?

Nu har jeg det godt.
Der staar fire blomstrende Stykker Smørrebrød for mig.
Først spiser jeg et med Æg og Sild -
O Anelsen om Svovlbrinte og om Jodlugt fra Havets Tangskove !
Derpaa sætter jeg Tand i et ungt og skært Stykke med Steg,
og her fordyber det Smagen, at jeg tier.

Rullepølsens Bouquet af Faar og af oliedryppende
Maskiner, Væverier, udvider mit Velbefindende.
Osten knytter Stemningen af Forraadnelse og rygende
Elskov sammen i mit Hjerte.
(…)

Au déjeuner


Béni soit le café !

Merci seigneur pour le velours du sofa.

Je regarde le serveur avec sympathie,

je suis bien assis, fraîchement rasé,

je trouve le barreau avec mon pied

et je pose mon nez sur l'odeur chlorée de la nappe.

 

Qu’on m’apporte une bière !

Je chanterai les louanges de la bière ambrée en fût.

Effervescente et glacée.

Par tous les diables, comme mes dents la désirent !

Ma gorge la boit dès que je l'aperçois !

Je veux me noyer dans une gorgée...

J'étais assoiffé…comment ça s'est passé, la nuit dernière ?


Maintenant je me sens bien.

Quatre morceaux fleuris de pain beurré devant moi.

D'abord je mange celui avec les harengs et les œufs -

Oh, la faible allusion de sulfure d'hydrogène et d'iode

des forêts d'algues de l'océan !

Puis j'enfonce mes dents dans celui au rosbif jeune et tendre,

et restant silencieux, le goût se développe.

 

Le bouquet de saucisse d'agneau et de machines huilées, 

de métiers à tisser, augmentent mon bien-être.

Le fromage mêle la sensation de décadence et d'amour perdu dans mon cœur.

(…)

 

(Le texte n’est pas complet car l’original est protégé. )

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tom KRISTENSEN

(1893-1974)

 

Tom Aage Kristensen naît le 04 août 1893 à Londres, mais passe son enfance à Copenhague. Il étudie le danois, l’anglais et l’allemand à l’université de Copenhague. En 1920 il publie son premier volume de poésie, Fribytterdrømme. Après un long voyage en orient, et en Espagne, il publie deux autres recueils, deux romans. Son œuvre comporte romans, nouvelles, articles, et bien sûr de nombreux recueils de poèmes.

Poète le plus célèbre parmi les écrivains danois dits « expressionnistes », il reprend en main la poésie quasiment là où Sophus Claussen l’a laissée. On retrouve la densité de sens et parfois la complexité du symbolisme, alliée à son souci de la prosodie et de la richesse musicale. Les thèmes sont par contre nouveaux : ni cygnes, ni peintures, mais politique parfois, condition humaine. Il demeure parfois lyrique et écrira de nombreux poèmes sur la mémoire, son enfance, dans un style beaucoup plus dépouillé.

 

Mirakler (Miracles), 1922 ; Paafuglefjeren (Les plûmes de paon), 1922 ; Verdslige Sange (Chants profanes), 1927 ; Mod den yderste rand (Vers l’extrême frontière), 1936 ; Den brændende Busk (Le buisson ardent), 1948.

 

Aucun livre disponible en français.

 

Græs

Græsset er underligt højt for mig
som ligger med næsen mod jord.
Bøjer jeg mig så dybt, som jeg kan,
vokser min verden sig stor.

Under de grønlige spidsbueporte
standser jeg. Her vil jeg stå.
Tør ej gå vild i det lysende mørke !
Tør ej gå vild mellem strå !

Inde i stråenes dæmrende haller
er der en stemme, som vågner og kalder
et stigende : kommer du nu,
kommer du, kommer du, kommer du nu,
du nu.

Og som et svar
toner en klar,
underbar, drengeklar stemme i mig:
Endnu ej, nej ! Endnu ej, nej !
Men når mit vanvid er omme,
når mine drømme om storhed
er omme,
da vil jeg komme, da vil jeg komme,
da er jeg lille og lykkelig nok.

 

 

 

Herbe

 

L'herbe est étrangement grande pour moi,

étendu le nez contre la terre.

Si je me penche aussi bas que je peux

mon monde s'agrandit.

 

Sous les palissades pointues et vertes

je m'arrête. Ici je vais rester.

Je ne crains pas de me perdre dans l'obscurité brillante !

Je ne crains pas de me perdre dans la paille !

 

Dans les salles de paille s’élevant

est une voix qui réveille, appelle,

de plus en plus fort : tu viens maintenant

tu viens, tu viens, tu viens maintenant,

- toi maintenant.

 

Et en guise de réponse

sonne une claire voix

d'enfant, claire en moi, merveilleuse :

non, oh non, pas encore ! non, oh pas encore !

Mais quand ma folie sera partie,

quand mes rêves de grandeur seront partis,

alors je vais venir, alors je vais venir,

alors je serai petit et heureux, bien assez.