Nis PETERSEN

(1897-1941)

 

Originaire du Jutland, fils de tanneur, mais vite orphelin. Chimiste, journaliste, il voyagea en Europe dans des conditions très misérables ; il écrivit avec une grande compassion sur les pauvres.

Poète ouvrier, « écrivain prolétaire », comme en connurent de nombreux pays nordiques.

 

Nattens Pipere (Les flûtes de la nuit), 1926 ; Til en Dronning ( A une reine), 1935 ; Lyrik (Poésie), 1944 ; Samlede Digte (Poésies complètes), 1949.

 

Aucun livre disponible en français.

 

 

Forår ved Mariager Fjord

 

To gyldne sommerfugle fandt hinanden,

og otte gyldne vinger bar dem bort ;

en lillebitte skovmus fandt en anden,

og de – nå ja, de fristedes af fanden,

og livet er så altfor, altfor kort.

 

Madonna riede med silketråde

så fermt, at der føg trevler trindt omkring.

To spætter koblede så spættekåde,

at gøgen dydelig tog fat og spa'de

dem reden fuld af spættekåde ting.

 

Der skød primula og anemoner,

og der skød gøgeurt af jordens lænd

- der kom hundreder af millioner

af muntre, lattermilde blomsterkoner

og muntre, lattermilde blomstermænd.

 

For det var forår, og der var larmen

i hver en lysning af solens værk,

og på en græspude midt i varmen

sad smedens tøs knappet op for barmen

og sy'de løs på en lille særk.

 

 

 

Printemps dans le fjord Mariager

 

Deux papillons dorés se sont trouvés,

et huit ailes dorées les emportent ;

une petite souris de forêt en a trouvé une autre,

et ils - alors oui, ils sont tentés par le diable,

et la vie est courte, bien trop courte.

 

La vierge tissait d'un fil de soie

si habilement, que cela tournoyait autour d’elle.

Deux pics verts cognaient comme en jouant,

tant que le coucou vertueusement les vola -

le nid rempli de choses jouant du bec.

 

Là croissaient anémones et primevères,

et l'herbe aux coucous sur la terre,

- là vinrent des centaines de millions

de riantes fleurs jeunes filles, enjouées, douces,

et des fleurs jeunes hommes riant, enjoués, doux.

 

Car c'était le printemps, et c'était le vacarme

en chaque aperçu de l'œuvre du soleil,

et sur une touffe d'herbe dans la chaleur

était assise l'amie du forgeron, le décolleté ouvert

elle décousait une petite robe.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Tove DITLEVSEN 

(1917-1976)

 

Née à Copenhague, elle quitte l’école en 1932 ; en 1939 elle écrit pour le magazine littéraire Vild Hvede, Blé sauvage. Elle a écrit de nombreux romans, traduits dans plusieurs langues.

L’œuvre de Ditlevsen fut déterminante dans l’évolution de la poésie danoise : elle remet le lyrisme à l’ordre du jour, mais en modernisant considérablement les moyens d’expression. Tout d’abord, tout peut être dit : elle élargit considérablement le champ du lyrisme : vers une introspection profonde, quasi mystique, vers une poésie biographique des expériences ; ensuite, elle file ses images jusqu’à faire d’un poème une seule image ; elle recherche, sans cesse, de nouvelles images ; elle simplifie parfois l’expression jusqu’à la rendre prosaïque, préfigurant Nordbrandt. C’est une œuvre forte et qui mérite de durer.

 

Lille Verden (Petit monde), 1942 ; Blinkende Lygter (Flambeaux tremblants), 1947.

 

Aucun livre disponible en français.

 

 

De evige tre

 

Der er to Mænd i Verden, der

bestandig krydser min Vej,

den ene er ham, jeg elsker,

den anden elsker mig.

 

Den ene er i en natlig Drøm,

der bor i mit mørke Sind,

den anden staar ved mit Hjertes Dør,

jeg lukker ham aldrig ind.

 

Den ene gav mig et vaarlig Pust

af Lykke, der snart for hen,

den anden gav mig sit hele Liv

og fik aldrig en Time igen.

 

Den ene bruser i Blodets Sang,

hvor elskov er ren og fri,

den anden er Et med den triste Dag,

som drømmene drukner i.

 

Hver Kvinde staar mellem disse to,

forelsket, elsket og ren –

een Gang hvert hundrede Aar ken det ske,

de smelter sammen til een.

 

 

 

 

Trio éternel

 

Il y a deux hommes dans le monde, qui

sans cesse croisent mon chemin,

le premier est celui que j'aime,

le second m'aime.

 

Le premier est dans un rêve nocturne,

il réside dans mon esprit sombre,

l'autre se tient près de la porte de mon cœur,

je ne lui ouvre jamais.

 

L'un me donna un souffle printanier

de bonheur, vite enfui,

l'autre me donna toute sa vie

et n'eut pas en retour une heure.

 

L'un bruit dans le chant du sang,

où l'amour est pur et libre,

l'autre fait un avec le jour triste

où les rêves sont noyés.

 

Chaque femme se tient entre eux deux,

aimant, aimée et pure –

chaque cent ans cela peut arriver

qu'ils ne fassent plus qu'un.