August STRINDBERG 

(1849-1912)

 

August Strindberg est né à Stockholm. Son père, Carl Oscar Strindberg, armateur aux succès mitigés, est d’origine aristocratique et sa mère, Ulrika Eleanora Norling, est d’origine modeste. August grandit entouré de nombreux frères et sœurs ; son enfance est plutôt misérable. Sa mère meurt quand il a treize ans, et ses relations avec sa belle-mère sont désastreuses. En 1867 il entre à l’université d’Uppsala, mais échoue aux examens. Il travaille un temps au Théâtre royal, écrit trois pièces qui sont rejetées. Il retourne à l’université, puis travaille comme journaliste tout en écrivant « Maître Olof », pièce historique. En 1874 il travaille comme bibliothécaire à la Bibliothèque royale. En 1877 il épouse la Baronne Siri von Essen, ancienne épouse du baron Carl Gustaf Wrangel, aristocrate finlandais. Son premier roman est publié en 1879, Röda rummet, la chambre rouge. Strindberg écrira par la suite une œuvre immense, et variée ; des dizaines de pièces de théâtre, des romans, certains presque fantastiques, d’autres historiques, autobiographiques, engagés contre les abus du capitalisme, des nouvelles, des poèmes, des essais… il peindra aussi ; une de ses toiles est d’ailleurs exposée au musée d’Orsay. Sa vie privée est très mouvementée ; il quitte Siri von Essen, se remarie, rongé par la culpabilité. Ses relations difficiles, tourmentées, inspirent une bonne partie de ses pièces. Strindberg sombre parfois dans la folie : son journal « inferno » relate bien la gravité de son état : il est souvent persuadé qu’on cherche à le tuer à distance, à travers les murs - ce même journal montre également combien son pessimisme est réfléchi et sans issu : le prologue présente la création du monde comme l’œuvre d’un maniaque, s’amusant des souffrances des hommes. « Chrysaetos », sans doute son chef d’œuvre poétique (qui suscita l’admiration de Stig dagerman), peut être lu comme un assemblage fiévreux de souvenirs, mi rêvés, mi « délirés », mais avec toujours la présence menaçante d’une puissance maléfique : qui semble désirer la perte des hommes.

La poésie de Strindberg est à part dans la poésie suédoise : ses grands poèmes le mettant en scène de manière quasi théâtrale sous la forme d’un double y sont une expérience unique.

 

J’ai publié une anthologie de ses poèmes. Un autre volume est paru chez Seghers « Nuits de somnambule par jours éveillés », indisponible depuis.

 

Åskregn

 

Det var i peonernas tid
och jasminernas.
Hon satt vid mitt bord och var blid ;
det var blommornas skuld och vinernas.
Vi blandade tanke och blick.
Och ordet det kom och det gick,
ett nät omkring oss det vävde ;
vi voro ett, och vi levde
varandras liv som vårt eget ;
vi talte med tankstreck förläget,
och frågetecken törhända mest -
en själarnes bröllopsfest !
Och solen så vackert sken
på jasminerna,
som blandade doft så ren
med vinerna.
Då mörknar det plötsligt till,
och luften blir dov och still.
Nu solen har upphört lysa,
och blommorna slutas, träden rysa.

 

                *

 

Vi tystnade, hon tog min hand,
när skräcken helt vår tunga band ;
och endast ögat vågade en fråga
om vi nu skulle dö av samma låga...
Då faller sakta tunga stänk
på fönsterrutorna och blecken ;
och dropparne de krossas - tänk !
och täcka rutorna med utropstecken.
Nu brast det över husets tak,
och molnen stå i eld och lågor.
Så svarar himlen med ett brak
på barnens alltför dumma frågor.

 

 

 

Pluie d’orage

 

C’était au temps des pivoines

et des jasmins.

Elle était assise à ma table, douce ;

c’était la faute des fleurs et des vignes.

Nous mêlâmes pensées et regards.

Et les mots allaient, venaient,

et un filet autour de nous se tissait ;

nous étions un et nous vivions

la vie de l’autre comme la nôtre ;

nous parlions avec la confusion du tiret -

et le point d’interrogation peut-être plus -

des noces entre les âmes !

Et le soleil si beau brillait

sur les jasmins,

qui mêlaient leur parfum si pur

avec celui des vignes.

Soudain cela s’obscurcit,

et l’air devient calme, et lourd.

Maintenant le soleil a cessé de briller,

les fleurs se ferment, les arbres frémissent.

 

                          *

 

Nous nous tûmes, elle prit ma main,

quand la crainte lia notre bouche ;

et seul le regard osa une question

si nous pourrions de la même flamme...

Alors tombent doucement de lourdes gouttes

sur le carreau de la fenêtre et les tuiles ;

et les gouttes s’écrasent - pensez !

et couvrent les vitres de points d’exclamation.

Maintenant elles se brisent sur le toit de la maison,

et les nuages sont feux et flammes.

Le ciel répond ainsi, avec fracas

aux questions trop bêtes des enfants.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Verner VON HEIDENSTAM 

(1859-1940)

 

Il résida une grande partie de sa vie près du lac Vättern, région qu’il aimait particulièrement, où il se fit construire une grande maison bourgeoise. Il reçut le prix Nobel en 1916.

 Il a étudié la peinture à l’académie de Stockholm, a voyagé longuement en Europe, jusqu’en Afrique. Il se lia avec Strindberg, avec qui il alla en compagnie de sa femme Emilia Uggla en France et en Italie, la relation étant quelque peu orageuse. Il fut l’ami de Gustaf Fröding.

Très célèbre en son temps, il est un poète qui a conservé une grande renommée ; comme Rydberg, il appartient au ”second romantisme” suédois.

 

Vallfart och vandringsår (1888), Nya dikter (1915).

Aucun livre disponible en français.

 

Nous, hommes

 

Nous qui nous rencontrons quelques courts instants,

enfants de la même terre et du même miracle,

sur la presqu'île battue de tempête de notre vie !

Allons-nous partir indifférents et sans amour ?

La même solitude nous attend tous,

le même douloureux murmure sur l'herbe de la tombe.

 

 

Vi människor


Vi, som mötas några korta stunder,
barn av samma jord och samma under,
på vår levnads stormomflutna näs !
Skulle kärlekslöst vi gå och kalla ?
Samma ensamhet oss väntar alla,
samma sorgsna sus på gravens gräs.