Gustav FRÖDING 

(1860-1911)

 

Gustaf Fröding passa une bonne partie de sa jeunesse à Kristinehamn. Il perdit son père très tôt, eut bien du mal à finir ses études à cause des dettes qu’il ne pouvait rembourser. Journaliste, poète, sa carrière fut interrompue par des crises de schizophrénie. Il est considéré par beaucoup comme le plus grand poète suédois de son temps. Son choix esthétique, très personnel, est aussi éloigné du romantisme que du symbolisme naissant : volontiers éclectique, il choisit de conserver une parfaite liberté de ton et de propos.

 

Guitarr och dragharmonika (1891), Nya dikter (1894), Stänk och flickar (1896), Gralstänk (1898)…

 

Nous avons publié une anthologie de ses poèmes.

 

Gitarr och dragharmonika

 

Två grannar jag har i min boning
- den ene är sentimental
- jag hör honom högt deklamera
om sorg och livets kval.

 

Ibland är han dyster och bitter
och melankoliskt bisarr,
ibland litet svärmiskt elegisk
och sjunger ibland till gitarr.

 

- Den andre är munter och lustig
och bondsk och grovt burlesk.
För honom är sorg och bekymmer
blott skrymt och skrock och fjäsk.

 

Han grubblar ej alls, han skrattar
åt livet helt sonika
och visslar och sjunger och spelar
på dragharmonika.

 

- Man tröttnar att lyssna på sådant !
- och dock har jag vant mig därvid ;
den ene han liknar min nutid,
den andre min gångna tid.

Guitare et accordéon

 

J’ai deux voisins en ma demeure

- l’un est sentimental

je l’entends déclamer tout haut

sur la peine et la douleur de vivre.

 

Il est parfois amer et ténébreux

étrange, et mélancolique,

parfois élégiaque, enthousiaste,

il chante avec sa guitare.

 

L’autre est enjoué et amusant

et paysan, grossier, burlesque.

Pour lui le chagrin, les ennuis

ne sont qu’hypocrisie, flagornerie.

 

Il ne se plaint de rien, il rit

à la vie le plus simplement

et siffle et chante et joue -

il joue de l’accordéon.

 

On se fatigue à écouter !

pourtant je me suis habitué ;

l’un ressemble à mon présent

et l’autre à mon passé.

 

Théorie de l’art

 

Ainsi je peins, Donna Bianca,

car il me plaît de peindre ainsi !

Si on vous demande, Bianca,

dîtes : « Il lui plaît de peindre ainsi ! »

 

Un pédant de Salamanque

dit sûr de lui : « Il n’est nul art,

nulle école, Bianca, ni style

dans la peinture de Don Juan.

 

Irrésolu il semble errer

avec son pinceau parmi tout,

passé, présent, Donna Bianca,

le peintre perdu aime autant.

 

Et le sain comme le malsain,

nuit et jour, larmes comme rires,

clarté et nuages, Bianca,

il peint avec la même joie.

 

Sa pensée est bien réaliste,

romantique, tout aussi bien,

nulle unité, Donna Bianca,

n’est à chercher dans ses peintures ! »

 

Dites au pédant, Donna Bianca,

qu’il me plait bien de peindre ainsi,

que l’arabesque est un sarment

qu’un rigide pédant vraiment ne peut comprendre.

 

La théorie de l’art, exprimée dans cette pièce, devrait en soi être au début de ma poésie, mais comme l’arabesque devrait plutôt se reporter à l’auteur de cette théorie, Almqvist, et à sa fresque, qu’à mes petits poèmes, qui ressemblent plus à des miniatures carrées. (note de Fröding) Ce poème est inspiré par Ramido Marinesco, d’Almqvist, Donna Bianca y interroge Don Juan, lui demandant pourquoi il met du poison dans sa peinture ; il répond : « ainsi je peins, donna Bianca, car il me plaît de peindre ainsi. »

 

En konstteori

 

Så jag målar, donna Bianca,

ty det roar mig att måla så !

Om det frågas, donna Bianca,

säg : « Det roar honom måla så ! »

 

En pedant från Salamanca

säger säkert : « Det är ingen pli,

ingen skola, donna Bianca,

ingen stil i Juans måleri.

 

Vankelmodigt tycks han vanka

med sin pensel ibland allt, som är,

forntid, nutid, donna Bianca,

är den vilsne målarn lika kär.

 

Och det friska och det kranka,

skratt och sorgetårar, natt och dag,

klart och mulet, donna Bianca,

målar han med samma välbehag.

 

Realistik är hans tanka

och romantisk är den likaså,

ingen enhet, donna Bianca,

är i denna målarkonst att få ! »

 

Säg pedanten, donna Bianca,

att det roar mig att måla så,

arabesken är en ranka

som en stel pedant ej kan förstå.

 

Den konstteori, som uttalas i detta stycke, tör i och för sig själv ha haft del i min diktnings tillkomst, men liknelsen med arabesken tör bättre ägna sig för teoriens upphovsman, Almqvist, och hans törnroseri, än för mina små dikter, som snarare likna fyrkantiga miniatyrtavlor. (Gustaf Fröding)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ola HANSSON

(1860-1925)

 

 Né à Hönsinge, en Scanie. Il voyagea en Europe et s’installa en Allemagne. Il écrivit d’ailleurs aussi en allemand, admirateur de Baudelaire et de Nietzsche. Il épousa l’écrivain Laura Mohr. Il mourut à Buyukdere, sur le Bosphore.

 

 Dikter (1884), Notturno (1885), Nya visor (1907)...

Aucun livre disponible en français.

 

 

Vårbräckning

 

I byarna ha taken

sin mjuka snöpals fällt.

Likt svarta tuvor träden stå

i vita blomsterfält.

 

Orörlig hänger luften

i fuktigt gult og grått ;

och runtomkring i tystnaden

det droppar tungt och vått.

 

I känslorna det töar.

Det blir så tyst i dem,

som då det skurades till helg

uti mitt barndomshem.

 

 

Aperçu du printemps

 

Dans les villages les toits

ont laissé tomber leur douce fourrure de neige.

Les arbres sont comme des gerbes noires

au milieu de champs de fleurs blanches.

 

L’air immobile est suspendu

en un jaune et un gris humide ;

et tout autour en silence

cela goutte lourdement.

 

C’est le dégel dans le cœur.

Tant de silence en lui,

comme lorsque l’on briquait tout en vue d’une fête

dans la maison de mon enfance.