Artur LUNDKVIST

(1906-1991)

 

Né en Scanie, à Oderljunga, fils de fermier. Il voyage en Espagne, France, Afrique, Amérique du sud. Critique littéraire. Figure importante de la poésie de son temps, partisan du surréalisme dans ses dernières œuvres.

 

Glöd (Braise), 1928 ; Naket liv (Vie nue), 1929 ; Fem unga ( Cinq jeunes), 1929 ; Svart stad (Ville noire), 1930 ; Jordisk prosa (Prose terrestre), 1930 ; Vit man (Homme blanc), 1932 ; Nattens broar (Ponts de la nuit), 1936 ; Skinn över sten (Peau sur la pierre), 1947 ; Fotspår i vattnet (Traces de pas dans l’eau), 1949.

 

Un volume non disponible aujourd‘hui est paru chez La différence.

 

La chute d’eau parle

 

Mes hanches, tous les ont vues,

mes hanches plus belles qu’argent poli de fragments de diamants,

mes hanches dures de leur vélocité comme des roues immenses.

sans tourner,

sans rien redire dans le retour ininterrompu

je suis le renouveau jamais ne cessant,

le serpent qui tombe de l’arbre sans repos.

Mon pied est en ma bouche,

une mine plus profonde encore

et un cerveau bouillonnant de catastrophe

(bien que refroidi et écumant idéalement).

Sans fumée je respire haut

et fais un pilier d’un nuage de soie,

visible haut sur les forêts.

Ma voix est la source du tonnerre

et le fracas rassemblé des tempêtes,

ma voix plus haute que tous les chants

comme une falaise sur une gorge.

Cependant je sens

le vertige des papillons tout près de moi,

je sens le cœur marteler, desespéré

dans la poitrine d’un cerf emporté par le courant.

J’étrangle les poissons avec l’eau

et les laisse tourbillonner dans mon pot

comme les feuilles des peupliers argentés.

Je brise les troncs d’arbre en morceaux

en essayant d’écrire mes pensées.

L’éclair ne couvre ma voix qu’un instant

comme un fils désobéissant.

J’emplis toute la contrée de ma voix

plus qu’une bande de lions.

(...)

 

 

Vattenfallet talar

 

Mina höfter har alla sett,

mina höfter vackrare än silver polerat med krossade diamanter,

mina höfter hårda av hastighet som jättelika svänghjul.

Utan att rotera,

utan att upprepa mig med oavbruten återkomst

är jag den aldrig upphörande förnyelsen,

ormen som faller ur trädet utan uppehåll.

Min fot är i min munhåla,

en djupnande gruva

och en hjärna kokande av katastrof

(ändock avkyld och idealiskt skummande).

Utan rök andas jag rakt upp

och gör en pelare med ett sidenmoln,

synligt långt över skogarna.

Min stämma är åkans källa

och stormarnas samlade dån,

min stämma upphöjd över all sång

som en klippa över en strupe.

Ändå känner jag

fjärilarnas svindel inför min närhet,

känner hjärtat hamra förtvivlat

i bröstet på en hjort som sveps med av strömmen.

Jag stryper fiskar med vatten

och låter dem virvla i min gryta

som silverpopplars löv.

Jag bryter tradstammar i spillror

vid försöken att skriva ner mina tankar.

Blixtnedslaget överröstar mig blott ett ögonblick

likt en olydig son.

Jag uppfyller hela trakten med min stämma

mer än en hjord av lejon.

(...)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Gunnar EKELÖF

(1907-1968)

 

Ekelöf est considéré par certains critiques comme le plus grand poète suédois du vingtième siècle. D’abord strictement surréaliste, il se sentit ensuite davantage attiré par la poésie de Thomas Stearns Eliot, avant de se tourner vers la poésie orientale.

 

Sent på jorden (Tard sur la terre), 1932 ; Sorgen och stjärnan (Le chagrin et l’étoile), 1936 ; Färjesång (Chants de Ferries), 1941.

 

« Tard sur la terre » est paru chez Gallimard.

 

La lune

 

La lune caresse de la main, avec douceur, juste sur les yeux

et m’éveille au milieu de la nuit. Seul parmi ceux qui dorment

je mets du bois dans le foyer, agite le feu fumant,

bouge parmi des ombres silencieuses, ombres voltigeant haut

sur les bûches brunes, ornées

richement d’éclats d’hameçons…

 

Pourquoi m’as-tu réveillé ? Seul parmi ceux qui dorment,

les dos tournés contre le feu, j’ouvre la porte en silence,

marche au coin dans la neige, écrase les flocons, regarde

le clair de lune attirant, froidement sur le lac…

 

 

Månen

 

Månen stryker med handen milt över ögonen,
väcker mig djupt i natten. Ensam bland sovande
lägger jag ved på glöden, pysslar med rykande trän,
rör mig bland skuggorna tyst, skuggor fladdrande högt
över de bruna stockarna, prydda
rikt med blänkande pimpeldon...

 

Varför väckte du mig ? Ensam bland sovande,
ryggar vända mot elden, öppnar jag dörren tyst,
går kring knuten i snön, trampar i tussarna, ser
månsken lockande kallt över sjön...