Johan Sebastien WELHAVEN

(1807-1873)

 

Adversaire de Wergeland, défenseur de la culture danoise, mais surtout « scandinaviste » convaincu, il fut aussi un amoureux de la nature et de la mythologie populaire norvégienne.

Né à Bergen d’un père pasteur, étudiant puis professeur en théologie, il voyagea en Europe, étudia l’archéologie en Italie. Directeur de la société norvégienne des arts, tourné vers l’Europe, il était très méfiant envers les nationalistes dont le chef de file était Wergeland – dont il épousa la plus jeune sœur, Camilla.

Poète romantique, chantre de la nature norvégienne, il a écrit aussi des poèmes engagés.

 

Norges Dæmring : Et polemisk Digt (1834); Digte (1839) ; Nyere digte (1845) ; Reisebillede og digte (1851).

 

Aucun livre disponible en français.

 

Une nuit de printemps

 

La nuit de printemps calme et fraîche

Embrasse le vallon qui dort.

Les ruisseaux fredonnent les chants

Les longs chants qui bercent, et apaisent.

Les fées murmurent

Devant les lys:

«Oh ! capturez-nous !»

 

La lueur argentée des monts

Révèle que la lune est proche ;

Sur les pins serrés, des nuages

Volent, planent comme des cygnes.

Bientôt de doux rayons

Glisseront sur cette splendeur

Que tu pressens.

 

Pourtant ne ferme pas les yeux,

Troublés par le souvenir !

Là, tandis que tu es assis,

S'ouvre la scène des esprits,

De douces ombres

Vont venir et saluer

Sous les branches luisant de lune.

 

Ecoute-les te murmurer

Ce qu’a rêvé ta nostalgie,

Tendrement, vois : elles ramènent

Un reflet de jours bien plus beaux !

Que brille tout cela,

Soulageant

La douleur des regrets et des plaintes.

 

En vaarnat

 

Vaarnatten stille og sval

favner den slumrende Dal.

Elvene nynne de lange

dæmpede, dyssende Sange.

Alfer sukke

for de  smukke

Lilier : «O, tager os tilfange !»

 

Fjeldtoppens sølvblege Skjær

viser at Maanen er nær ;

over de samlede Graner

Skyerne svæve som Svaner.

Snart vil blide

Straaler glide

over al den Herlighed, du aner.

 

Luk dog ei Øiet inat,

vaag med Erindringens Skat !

Her, mens du sidder alene,

aabner sig Mindernes Scene,

her vil fromme

Skygger komme

vinkende blandt maanelyse Grene.

 

Hør hvor de hviske dig ømt

alt hvad din længsel har drømt,

see hvor de bringe tilbage

Gjenskin af fagrere Dage !

Lad det tindre ;

det vil lindre

Smerten i dit Savn og i din Klage.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Henrik WERGELAND 

(1808-1845)

 

Considéré parfois comme le « poète national » de la Norvège. Opposé à l’intelligentsia pro-danoise de l’époque, il fut l’un des leaders du mouvement patriotique. Il étudia la théologie, l’histoire et la botanique, écrivit des pièces de théâtre, des essais sur l’histoire et la linguistique, des poèmes.

Fils d’un pasteur politicien, élevé dans l’amour de la Norvège, diplômé de théologie à l’université royale, il lutta pour la reconnaissance d’une journée nationale, le 17 mai – aujourd’hui jour national de la Norvège. Il se mobilisa pour que la Norvège accueille des juifs exilés, ce qui lui valut d’être interdit durant l’occupation nazi. D’une grande tolérance à l’égard des religions du monde, il œuvra pour la reconnaissance des israélites et des musulmans.

 

Digte, Første Ring (1829) ; Digte, Annen Ring (1833) ; Poesier (1838) ; Den engelske Lods (1844).

 

Aucun livre disponible en français.

 

Barnets aasyn

(Med en maanedsrose til en moder)


Hvor ynderigt, hvor mildt og blødt sig runder
det Barneaasyn, som i Uskyld blunder !
      som aandede med Liv i Morgenvind
      det fine Rødt paa Maanedsrosens Kind.

Hvad Honningdugg dog disse Øine regne !
Hvor sødt et Digt i Smiil de Engle tegne,
      udslettet flux med Skyggen af en Drøm,
      der traurig er fordi den er saa øm !

Det Tungsind, disse Øienbryn frembringer,
er Mulmet under Sommerfuglens Vinger,
      Tusmørket af et Blad, som dæmrer ind
      i Dybet af en skinnende Jasmin.

Hvor stærk en Sol, hvis Glands paa Barnepanden
gjør Qvinden skamfuld og forvirrer Manden !
       Dog er saa fine Træk dens
Straalers Leeg :
       hvad Blegnens Rødmen! en Karmin hvor bleg !

 

Saa fagert Aasyn har vi alle baaret.
Saa fiint et Rødt paa Alles Kind har
vaaret,
      som aandede en Maanedsroses Kind,
    og Blodet steg i klare Balsamin.

Engang saa huldt vort Billed, mens vi drømmed
paa Moders Skjød, i hendes Øje svømmed.
       Saa kjært deri og skjønt det blommet har
       som Maanedsros i fattig Kones
Glar.

 

 

 

Le visage de l'enfant

(Avec une rose pour une mère)

 

Combien charmant, doux et délicat s'arrondit

le visage de l'enfant, qui sommeille avec innocence !

     respirant avec vie dans le vent du matin

     le rouge délicat sur la joue de la rose !

 

Quelle rosée de miel tombe de ces yeux-là !

Si doux est le poème que les anges dessinent

     dans le sourire, effacé par l'ombre d'un rêve,

     triste parce qu'il est si tendre !

 

La tristesse que dévoilent ces sourcils

est l'ombre sous les ailes d'un oiseau d'été,

     le crépuscule d'une feuille, qui paraît

     dans l’ombre d'un jasmin brillant.

 

Comme est fort un soleil, sur le front de l'enfant

qui laisse la femme confuse, et trouble l'homme !

     Cependant le trait de ses rayons est si beau :

     quelle pâle rougeur ! Quel pâle carmin !

 

Tous, nous avons eu un si beau visage,

et sur toutes les joues fut un rouge si beau,

     comme la respiration des joues d'une rose,

       le sang qui monte dans la claire balsamine.

 

Si beau notre reflet, autrefois, en rêvant

dans les bras de nos mères, et noyés dans leurs yeux.

     Là, si chère et belle est la fleur

     rose à la fenêtre d'une femme pauvre.