Poésie same (Sápmi)

 

 

Les sames sont un peuple (certains les appellent « lapons », comme on appelait les inuits des esquimaux, le terme a la même connotation blessante), aujourd’hui reconnu comme une nation à part entière, avec un drapeau et diverses institutions. Quand on parle de littérature nordique, ils sont les grands absents. Ils ont pourtant une culture riche.

Répartis sur quatre pays, la Suède, la Norvège, la Finlande et la Russie, ils sont loin d’être cantonnés à la seule « laponie », entité géographique vague, désignant une région de Suède : Lappland, une région de Finlande, Lapin lääni, ou un concept purement touristique. Les sames désignent les diverses régions où ils vivent - leur terre - comme le Sápmi.

Il y a plusieurs langues sames : on en distingue 10 ; celles représentées ici sont le same du sud, le same du nord, le « lulesame » (de la région autour de la rivière Lule, près de Luleå jusqu’à la frontière norvégienne). On ne trouvera pas ici d’auteurs de nationalité russe, car les sames de la péninsule de Kola sont mal connus et n’ont pas eu la chance de voir leur culture soutenue.

Pendant longtemps les langues sames ont fait l’objet de politiques discriminatoires ; il était parfois interdit de les parler à l’école et la culture same était considérée comme attardée ; ce n’est que récemment que les droits de ce peuple ont été reconnus, depuis en gros les années 60. Ajoutons à cela que la littérature same était uniquement orale, nous comprendrons pourquoi il y eut peu d’auteurs sames avant l’époque récente. De nombreux poètes se reconnaissent comme sames, alors qu’ils ne parlent plus la langue de leurs ancêtres, c’est pourquoi on trouvera du suédois et du norvégien dans cette partie.

Les traductions du same ( pour les poètes) ont été effectuées à partir des versions suédoises de Anna Jacobsen, Anna-Lisa Sandberg et Kristina Utsi.

 

 

Poésie du Groenland (Kalatdlit-nunat).

 

 

Le Groenland, de par son isolement, a su mieux conserver sa langue, ainsi que sa culture inuit. En fait, le Groenland est une culture en marge des pays nordiques - l’imprégnation culturelle mériterait d’être étudiée, mais les liens semblent ténus. Si Henrik Lund, célèbre poète groenlandais, est métissé danois -inuit, il choisit résolument la culture inuit. La totalité des poètes groenlandais écrivent d’ailleurs en groenlandais, une langue de la famille eskimo-aléoute, et rejettent la domination culturelle danoise. De nombreux auteurs sames ont combattu pareillement la culture scandinave ou finnoise, mais l’imprégnation culturelle est allée plus loin : nombreux sont ceux qui ont adopté la langue et les coutumes du « colonisateur » ; rien de tel au Groenland. D’où la question : la poésie groenlandaise a-t-elle sa place ici ? Si on s’en tient à la langue, à la culture, le Groenland n’a rien de nordique ; j’ai pourtant choisi de lui laisser une place ici, pour deux raisons : briser l’isolement de sa poésie, mais également car en dehors du Danemark, on ne trouve aucun pays qui s’intéresse à cette poésie, et c’est d’ailleurs à partir de versions danoises que j’ai effectué les traductions qui suivent. Le Danemark demeure un « médiateur » culturel pour le Groenland.

Le Groenland a une histoire originale : peuplée au moyen âge, pendant la période historique le pays connaît plusieurs vagues de peuplements, mais toutes ces cultures auront disparu avant le XVème siècle, assimilées aux inuits ou victimes de la famine.

Les vikings s’implantent au Groenland au Xème siècle, mais la colonie disparaît au XVème siècle.

Les Inuits, eux, n’arrivent qu’au XIIIème siècle. Les Norvégiens redécouvrent l’île au XVIIIème siècle ; le Danemark dominant politiquement la Norvège, l’île est déclarée colonie danoise.

Ce n’est qu’après guerre que le Danemark ouvrira l’île au commerce mondial, mais de nombreux inuits regrettèrent cette décision : leur culture fut très largement mise à mal par cette ouverture marchande.

Pour bien apprécier la culture inuit, il faut lire les merveilleux livres de Jean Malaurie : Ultima Thulé, Les derniers rois de Thulé…

Il manque certaines notices biographiques : si j’ai trouvé quelques textes, l’édition de la poésie groenlandaise est balbutiante et on ne trouve aucune information sur de nombreux poètes groenlandais.

Ce chapitre n’aurait pas vu le jour sans le livre « Grønlandske Digte » édité par Jakob Janussen et Aĸigssiaĸ Møller.

 

Poésie Des Féroés

 

Les Féroés ont été peuplées d’immigrants norvégiens vers le IXème siècle. Une langue particulière s’est développée, aidée par l’isolement insulaire. La littérature de ces îles est donc composée dans une langue originale, et résolument nordique, même scandinave.