Ivar AASEN

(1813-1896)

 

Ivar Aasen est né le 5 août 1813 à Ørsta. Ses parents sont pauvres et sa scolarité n’est pas la priorité. Passionné cependant par l’école, avide d’apprendre, il se forge seul une solide culture. Précepteur, il écrit de nombreux ouvrages sur la langue norvégienne et est reconnu comme le père du « nynorsk ».

Ayant édité un recueil de chansons populaires en 1843, il reçoit une bourse pour continuer son travail. Il publie alors une grammaire des dialectes norvégiens, puis un dictionnaire des dialectes norvégiens en 1850, après des années de labeur et de voyages d’étude.

il fut également l’auteur de pièces de théâtre qui rencontrèrent un certain succès.

 

        Symra. Tvo Tylfter med Visor og Rim (1863 ).

 

Aucun livre disponible en français.

 

 

Manque

 

Je le sais, il est un trésor,

que je puis bien posséder ;

cela ne nuirait à personne,

si je dépensais ce trésor.

Le trouverais-je, tout serait bien :

je serais riche, heureux aussi.

Mais je ne sais pas pourquoi,

il ne sera jamais trouvé.

 

Je le sais, il est une ville,

peut-être même près d’ici,

sûrement j’y serais heureux

oubliant toutes mes angoisses.

Arriverais-je là, j’aurais

tout ce qui me manque le plus.

Mais là est bien tout le malheur :

jamais ne trouverai la ville.

 

Je le sais bien, il est un cœur

qui a la même aspiration,

même désir, indignation

même souvenir et espoir.

Le trouverais-je, tout serait juste,

et la vie passerait légère.

Mais c’est le pire à rappeler :

jamais je ne le trouverai.

 

 

Saknad

 

Eg veit so vel, det finst ein Skatt,

som vel eg hava maatte ;

og ingen Mann det vilde skadt,

um eg den Skatten aatte.

Og fann eg den, var allting vel ;

eg skulde vera rik og sæl.

Men aldri veit eg Grunnen,

der han skal verda funnen.

 

Eg veit so vel, det finst ein Stad,

kann henda nær ved Sida,

der vist eg skulde verda glad

og gløyma burt all Kvida.

Og kom eg der, so fekk eg naa

den Ting, som mest eg sakna maa.

Men det er heile Skaden :

eg finner aldri Staden.

 

Eg veit so vel, det finst ein Barm

med same Kjensla inne,

med same Hug og same Harm

og same Von og Minne.

Og fann eg den, vardt allting rett,

og Livet skulde skrida lett.

Men det er verst aa minnast :

me skulo aldri finnast.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jørgen MOE

(1813-1882)

 

Il fut très tôt intéressé par le folklore de son pays ; dès 1841 il sillonne le sud de la Norvège, recueillant des contes folkloriques. Quelques années plus tard il est professeur de Théologie à l’école militaire. En 1853 il est chapelain à Sigdal, au nord ouest d’Oslo, puis il est le pasteur de Bragernes tout près de la capitale et enfin en 1875 il est nommé évêque à Kristiansand.

 

Digte (1849).

 

Aucun livre disponible en français.

 

Un jeune bouleau

 

Un jeune bouleau près du fjord

se tient près du miroir de l’eau.

Il est devenu grand et beau

les années où j’ai vécu là !

Maintenant le tronc blanc s’élève

couronné sur la rive basse.

Mais ne crois donc pas, qu’il parade -

il ne s’en préoccupe pas.

 

Sous l’œil de Dieu, et de chaque homme

il croît, tandis que les jours passent,

et chaque branche, qui s’élève,

invite tous les chants d’oiseaux.

Ce bouleau cependant s’étonne,

il connaît mal son rang, s’incline

devant le murmure de l’eau

si humbles sont toutes ses feuilles.

 

Lui seul, il peut représenter

la beauté, devant d’autres arbres,

il retient entre ses branches

toute la troupe ailée du ciel.

Car il ne pense jamais

à élever haut sa couronne,

mais ses brindilles calmes penchent -

son sommet faisant abri d’ombre.

 

Et puis ? Il se voit chaque jour

toujours dans le miroir de l’onde

à côté des buissons, de l’herbe,

et - c’est charmant - se voit si mal.

Vers les contrées de la lumière

il élève haut sa couronne,

il semble qu’en tombant, il monte

et croisse de plus en plus bas.

 

Toi le cher, le charmant bouleau !

Je veux te regarder souvent.

Dieu fasse que je puisse apprendre

de toi, à être, bellement :

à croître en mon propre regard

humblement, et jour après jour -

me couronner, et m’élever

suivant le verbe du Seigneur !

 

 

 

Ungbirken

 

En Ungbirk stander ved Fjorden

og Vandspeilet ganske nær.

Hvor stor og smuk den er vorden

de Aar, jeg har boet her !

Nu løfter den hvide Stamme

kronen fra Bredden lav.

Men tro dog ei, den vil bramme -

den veed ikke selv deraf.

 

I Guds og i hvermands Øine

den voxer fra Dag til Dag,

og Kvistene, som sig høine,

nu byde hver Sangfugl Tag.

Men Birken undres derover,

den kjender slet ei sin Rang.

Den bøier mod Vandets Vover

saa ydmyg Bladenes Hang.

 

Just dette kan den forlene

skjønhed for andre Træer,

og lokker hen i dens Grene

al himlens vingede Hær.

Just det, at den ikke tænker

at løfte sin Krone op,

men stille Kvistene sænker-

gjør skyggende luun dens Top.

 

Hvad kommer det af ? Den skuer

sig daglig i Bølgens Speil

ved Siden af Krat og Tuer,

og – skuer saa deiligt feil.

Thi alt som mod Lysets Riger

den hæver sin Krones Stav,

den synes, den nedad stiger

og voxer sig mere lav.

 

Du deilige Birk, du Kjære !

Paa dig vil jeg ofte see.

gud give, jeg maatte lære,

hvad du mig saa smukt kan tee :

at voxe i eget Øie

nedad med hver en Dag -

at krone og at ophøie,

det vorder da Herrens Sag !

 

 

 

 

 

Jørgen Moe: skannet