Henrik IBSEN

(1828-1906)

 

Henrik Ibsen est né à Skien. Il mettra longtemps avant de voir ses œuvres reconnues. Il est très connu, bien sûr, comme auteur de théâtre, considéré comme un auteur majeur de cet art. Il a pourtant, dès vingt ans, publié des poèmes.

Ibsen a eu une enfance plutôt difficile, sa famille rencontrant des soucis financiers et son père sombrant dans l’alcoolisme. Préparateur en pharmacie, il écrit la nuit et ne rencontre pas immédiatement le succès. En septembre 1850 est jouée sa première pièce, mais c’est de l’étranger que viendra la reconnaissance, avec Une maison de poupée, écrite lors de ses voyages en Europe.

Son œuvre poétique est composée de courts poèmes assez lyriques et de longs poèmes narratifs : de longues épîtres, mais aussi le célèbre Terje Vigen, véritable roman en vers.

 

Digte (1862).

 

Aucun recueil de poèmes disponible en français, mais bien sûr, toutes ses pièces.

 

Avec un Lys d’eau

 

Vois, mon amie, ce que j’apporte :

la fleur ailée de blanc. Portée

par les calmes courants, flottant

lourde de rêves au printemps.

 

Si tu veux l’emmener chez toi,

mets-la sur ton sein, mon amie,

dès lors sous sa feuille se cache

une onde profonde et calme.

 

Mais prends garde, enfant, au courant,

c’est dangereux, de rêver là ;

l’ondin fait mine de dormir

et les lys d’eaux jouent au-dessus.

 

Enfant, ton sein est le courant.

C’est dangereux de rêver là ;

les lys d’eaux jouent là, au-dessus,

l’ondin fait mine de dormir.

 

 

 

Med en vandlilje

 

Se, min bedste, hvad jeg bringer ;

blomsten  med de hvide vinger.

På de stille strømme båren

svam den drømmetung i våren.

 

Vil du den til hjemmet fæste,

fæst den på dit bryst, min bedste ;

bag dens blade da sig dølge

vil en dyb og stille bølge.

 

Vogt dig, barn, for tjernets strømme.

Farligt, farligt der at drømme !

Nøkken lader som han sover ; -

Liljer leger ovenover.

 

Barn, din barm er tjernets strømme.

Farligt, farligt der at drømme ; -

liljer leger ovenover ; -

nøkken lader som han sover.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Bjørnstjerne BJØRNSON 

(1832-1910)

 

Ami et rival d’Ibsen, il écrivit une œuvre abondante, des contes, des romans et des pièces de théâtre. Il reçut le prix Nobel en 1903. Idéaliste, optimiste, l’œuvre de Bjørnson est peu lue aujourd’hui. Il était considéré, de son temps, comme un grand poète.

Fils de pasteur, écrivain précoce, il gagna sa vie comme critique dramatique, puis fut directeur du théâtre de Bergen. Il voyagea en Europe et se consacra à son retour à la politique, ardent admirateur de Wergeland. Il dépensa beaucoup d’énergie et ne rencontra pas les succès escomptés.

Il dut s’éloigner de la Norvège pour retrouver l’inspiration dramatique.

Les poésies de Bjørnson sont assez légères et si l’on comprend bien qu’elles rencontrèrent un grand succès : volontiers moralisatrices, voire didactiques, il est presque étonnant qu’elles aient résisté aussi bien au passage du temps (on les trouve aujourd’hui encore dans les librairies norvégiennes).

 

Digte og sange (1880).

Aucun livre disponible en français actuellement.

 

 

L'arbre

 

L'arbre se tenait là, avec feuilles, bourgeons.

«Puis-je les prendre ?» demanda le gel.

       «Non, mon cher, laisse-les tranquilles,

       jusqu'à ce que viennent les fleurs !»

pria l'arbre en tremblant des racines à la cime.

 

L'arbre eut des fleurs, et les oiseaux chantèrent.

«Puis-je les prendre ?» demanda le vent, soufflant et s'agitant.

      «Non, mon cher, laisse-les tranquilles,

      jusqu'à ce que viennent les baies !»

pria l'arbre, vibrant dans le vent.

 

Et l'arbre eut des baies sous l'œil du soleil ardent.

«Puis-je les prendre ? », demanda la jeune fille, si jeune et vive.

      «Oui, ma chère, tu peux les prendre,

      autant que tu en désires !»

dit l'arbre, offrant ses branches lourdes de fruits.

 

 

 

Træet

 

Træet stod færdigt med blad og med knop.

«Skal jeg ta dem ?» sa' frosten og pustede op.

      «Nej kære, lad dem stå,

       til blomster sidder på !»-

bad træet og skalv ifra rod og til top.

 

Træet fik blomster, så fuglene sang.

«Skal jeg ta dem ?» sa' vinden og vifted og svang.

      «Nej kære, lad dem stå,

      til bæret sidder på !»-

bad træet, i vinden det dirrende hang.

 

Og træet fik bær under soløjets glød.

«Skal jeg ta dem ?» sa' jenten så ung og så rød.

      «Ja kære, du kan ta,

      såmange du vil ha !»

sa' træet og grenen det bugnende bød.