Sigbjørn OBSTFELDER

(1866-1900)

 

Sigbjørn Obstfelder est né à Stavanger. Il fit des études d’ingénieur et émigra aux Etats-Unis. Il revint deux ans plus tard en Norvège où il publia un premier recueil, Digte, en 1893. Bien que n’ayant pas publié une œuvre vaste, l’originalité, la variété, la profondeur de ses poèmes en font certainement le plus grand poète norvégien de la période. Son état mental se fragilisa, et il mourut de la tuberculose le jour même de la naissance de son unique enfant.

Obstfelder est un poète original, une sorte de météore dans l’histoire de la poésie norvégienne : sa grande liberté de ton, de style, la hardiesse de ses métaphores et de ses images (comme ce bras aux milles pupilles ! de Din arm, din sjæl ) sont très en avance sur son temps, et, on peut le supposer, assez profondes pour permettre à son œuvre de durer. Obstfelder est un „voyant“ qui mériterait une reconnaissance bien au-delà de la Norvège !

 

Digte (Poèmes), 1893 ; Samlede skrifter (Œuvres complètes), 1943.

 

Nous avons publié une anthologie de ses poèmes? Ses poésies complètes ont été publiées et traduites par Régis Boyer, chez PJ Osvald (indisponible aujourd’hui).

 

Din arm, din sjæl


Jeg ser din arm i nattens mulm.
Så sært : Din arm i mulmet, hvid og smal
som sjæl fornemmes! Sølvergrå som din,
din sjæl !


Som danske enges sølverdis
ved juninat, og dog ei vag som dis, 
nei slank som siv, som sivet slebet svai,
svai, slank !

Som dis ! som siv ! Som disen let,
med stille fjed som tågefjed i mos.
Med sivets natteskjælven, å så tung,
tung, ræd !

Og atter sært !
Din arm, - din arm !
den
ser, din arm! pupiller har den. Ja !
Ei to blot, tusend har den. Ja, den ser,
ser, ser !

Men ak! Jeg kan ei tyde, du,
de tusend stråler. Ler de ? Gråter ? Ak !
Jeg kan ei, kan ei! Længes ? Drømme mon ?
Elskov ?


Jeg ved det ei. Jeg ved kun ét !
at blikkets glans er skjær som liljers gråt.
Jeg ved kun ét ! At blikkets glans er skjær,
skjær, skjær.

 

 

Ton bras, ton âme

 

Je vois ton bras dans l'obscurité de la nuit.

Si étrange : ton bras dans l'obscurité, blanc et mince

comme l'âme pressentie ! Gris argent comme la tienne,

ton âme !

 

Comme la brume argentée sur les champs du Danemark, les nuits de juin,

et cependant non vague comme la brume,

mais mince comme les roseaux, comme la traîne ondulante des roseaux,

ondulant, mince !

 

Comme la brume ! le roseau ! Léger comme la brume,

empreinte silencieuse sur la mousse.

Avec le tremblement nocturne des roseaux, si ample,

si ample, si craintif !

 

Et de nouveau étrange ! Ton bras, ton bras !

il voit, ton bras ! il a des pupilles, oui !

Et non deux, des milliers. Oui, il voit,

voit, voit !

 

Mais ah ! Je ne peux déchiffrer, venant de toi,

les mille rayons. Sourient-ils ? Pleurent-ils ? Ah !

Je ne peux pas, je ne peux pas ! Est-ce qu'ils rêvent, soupirent ?

Aiment ?

 

Je ne sais pas. Je ne sais qu'une chose !

que l'éclat du regard est pur comme les pleurs d'un lys.

Je ne sais qu'une chose : que l'éclat du regard est pur,

pur, pur.

 

Le miroir peut-il parler

 

« Le miroir peut-il parler ?

 

Le miroir peut parler !

 

Le miroir va te regarder tous les matins, scrutant,

te regarder avec un regard profond, intelligent,

   toi-même !

Te saluer avec le regard chaud, bleu sombre :

   Es-tu pur ?

   Es-tu fidèle ? »

 

 

Kan speilet tale  


 « Kan speilet tale ?

Speilet kan tale !

Speilet skal se på dig hver morgen, forskende,
se på dig med det dybe, kloge øie,
         - dit eget !
hilse dig med det varme, det mørkeblå øie :
         Er du ren ?
         Er du tro ? »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Olaf BULL

(1883-1933)

 

Le père d’Olaf Bull était écrivain. Il passa une partie de son enfance à Rome, et l’autre à Kristiania (Oslo). Il étudia la philosophie, l’histoire, les sciences, les arts, la politique… Il travailla comme journaliste au Posten et au Dagbladet.

La poésie de Bull montre une grande expressivité, une force émotionnelle (qualifiée de „virile“! par un critique) dans des cadres qui restent formellement plutôt conservateurs. La vigueur de cette poésie n’en demeure pas moins admirable.

 

Digte (Poèmes), 1909 ; Nye digte (Nouveaux poèmes), 1913 ; Sternerne (Les étoiles), 1924 ; Oinos og Eros (Oinos et Eros), 1930 ; Samlede digte (Poèmes complets), 1942.

 

Aucun livre disponible en français.

 

Til dig

 

Til dig, du kjæreste, kun dig,

min deilige vår, min ungdom,

mit følge på somrens vei - !

 

Husker du forårets tid dér,

hvor veien kom gjennem parken

under de solblå trær ?

 

Det bugned og sprak i ru mark,

og stammerne drak af solen

gjennem den brustne bark!

 

Du bar med et trodsigt og blankt smil

din herlige dronningkappe,

overgydt af April !

 

Dit hår var en skinnende ung fest,

hvor blomsterne slang og svinget

slig som de kunde det best -

 

Da syntes vi begge, vor blå vår

burde jo ha som sommer

alle de kommende år !

 

 

 

A toi

 

A toi, toi la plus chère, seulement toi,

mon plus beau printemps, mon enfance,

mon cortège sur le chemin de l'été !

 

Te souviens-tu du printemps, ici,

comme le chemin traversait le parc

sous les arbres bleus de soleil ?

 

Tant de vie et de bruit dans l'âpre champ,

et les troncs buvaient le soleil

à travers l'écorce fendue !

 

Tu portais, avec un sourire brillant, obstiné

ton vêtement de reine

abandonné par Avril !

 

Tes cheveux étaient fête, jeune, lumineuse,

où les fleurs s’ouvraient, oscillaient

comme elles le pouvaient le mieux -

 

Nous sentions tous les deux que notre bleu printemps

aurait bien comme été

toute l'année à venir !