Poésie de Finlande (Suomi-Finland)

 

Depuis le XIIIème siècle la Finlande est sous domination suédoise, son souverain est le roi de Suède, les nobles sont suédois et la langue officielle est le suédois. En 1809, Alexandre 1er fait la guerre à la Suède et, vainqueur, il fait de la Finlande un grand-duché de l’empire russe. C’est à cette époque que l’idée d’une identité nationale fait son chemin, développée essentiellement dans l’émergence d’une culture écrite.

La littérature finlandaise est jeune et ancienne à la fois ; jeune, car en dehors de Franzén, elle ne compte pas d’écrivains remarquables antérieurs au dix-neuvième siècle ; ancienne, car le Kalevala lui confère une littérature ”antique” : comparé aux grandes épopées de la littérature mondiale, célébré dans le monde entier, il est traduit en plus de quatre cent langues !

La littérature finlandaise est également célébrée et ignorée; quelques grands noms ont dépassé ses frontières : Lönnrot, bien sûr, compilateur du Kalevala et du Kanteletar, Mika Waltari, Arto Paasilinna, mais elle compte aussi de grands auteurs, et particulièrement de grands poètes, dignes d’une reconnaissance internationale, tous quasiment inconnus en dehors de la Finlande.

Le bilinguisme n’est pas étranger à cet état de fait ; si Franzén, Runeberg trouvent leur place dans les anthologies de poésie suédoise, on n’y trouve ni Edith Södergran, ni Elmer Diktonius. On ne peut justifier cet état de chose sur des raisons historiques et politiques (la Finlande de Runeberg étant sous domination Suédoise jusqu’à ses cinq ans – puis russe jusqu’à sa mort), ni linguistiques, mais par une étrange confusion entre les deux. Cette parfaite injustice laisse à l’intérieur de leurs frontières les auteurs finnois de la domination suédoise, et les auteurs suédophones de la domination russe ou de l’indépendance. De même, le bilinguisme rend complexe les entreprises de traduction et il n’existe pas d’anthologie de littérature finlandaise, ni en français, ni en anglais, ni dans aucune langue à ma connaissance qui retrace une part assez importante de l’histoire ou qui ne soit pas cantonnée à une seule langue. Il y a bien eu une remarquable anthologie, Voices from Finland, traduite en 1947, mais elle fut publiée en Finlande et était destinée, comme le dit sa préface, aux finlandais désirant offrir un cadeau à des amis anglophones !

La Finlande est une terre de folklore, de poésie populaire de haute qualité : la littérature orale y fut présente, et célébrée ; l’ancienneté, le paganisme du Kalevala et du Kanteletar portent ce flambeau, repris par Eino Leino dans ses Helkävirsiä ; P. Mustäpää, dans un différent registre, défendra également la poésie populaire au XXème siècle.

Le romantisme y fut également important, et original : la nature y est omniprésente, dans ses thèmes, ses choix d’images.

Au XXème siècle, la poésie finlandaise vit une sorte d’âge d’or : de grands précurseurs (Södergran, Diktonius) apportent aux lettres les révolutions de la modernité au même moment que partout ailleurs en Europe : liberté formelle, liberté de thèmes, et l’extraordinaire égalité homme-femme (la Finlande est le premier pays au monde à accorder le droit de vote aux femmes et leur éligibilité de manière définitive) qui permet à de nombreuses femmes d’écrire publiquement (ce sont elles qui en majorité écrivent les œuvres les plus originales : Edith Södergran, Elvi Sinervo, Katri Vala, Kerstin Söderholm, Eeva Liisa Manner...).