Steinn STEINARR

(1908-1958)

 

Aðalsteinn Kristmundsson (de son vrai nom) est né le 13 octobre 1908 à Laugaland, une ferme au nord d’Ísafjarðardjúp, dans la région des fjords de l’ouest. Il est le quatrième enfant d’un ouvrier agricole.

Il rencontre encore adolescent le poète Stefán frá Hvítadal, qui avait vécu dans la ferme de Bessatunga. Celui-ci, de retour chez les siens, donne une lecture de son premier volume de poèmes publié. Aðalsteinn, âgé de onze ans, écoute. Les deux poètes deviendront amis.

Entre 1925 et 1926, Steinarr fréquente l’école de Núpur. En 1926 il va à Reykjavík qu’il ne quittera plus. Il mène une vie difficile, faisant de nombreux métiers difficiles, ouvrier, pêcheur, gêné par sa main gauche devenue infirme suite à une attaque de polio entre 1926 et 1928.

C’est en devenant gardien de phare à Reykjanes, pendant cinq mois, qu’il découvre (selon ses propres dires)  sa vocation de poète. En 1931 il publie son premier poème dans le magazine Lögrétta, et c’est un an plus tard qu’il utilise son nom d’artiste Steinn Steinarr, dans le même magazine.

Il devient communiste, écrivant dans le magazine engagé « Réttur », mais en 1956, de retour d’un voyage en URSS, il exprime son dégoût du système soviétique qu’il appelle « social fascisme ».

Tíminn og vatnið paraît en 1948. Le ton de ce recueil, entièrement nouveau, fait alors beaucoup parler de lui. Jón Óskar écrit à propos du livre : « Dans Le temps et l’eau, nous n’avons pas besoin de sympathiser avec des personnes, ni nous, ni d’autres, il n’y a aucune description, ni allusion de description, et le poème a sa propre vie ; il ne fait ni pleurer ni rire, il ne montre ni joie ni peine, mais une beauté que vous n’avez jamais connue avant. » Steinarr cite d’ailleurs MacLeish : « Un poème ne doit pas signifier, mais être ».

A l’époque de « Tíminn og vatnið » Steinarr est probablement amoureux de l’artiste Louisa Matthíasdóttir, installée aux Etats-Unis depuis 1942 pour étudier l’art.

Le 10 juillet 1948, Steinarr épouse Ásthildur Kristín Björnsdóttir. Il ne publie plus de nouveau recueil après cela, malgré le confort relatif de sa nouvelle vie. Il meurt de cancer en 1958.

 

Ljóð (Chant), 1937 ; Rauður loginn brann (La flamme rouge brûlait),1934 ; Spor í sandi (Traces de pas dans le sable), 1940 ; Tíminn og vatnið (Le temps et l'eau),1948.

 

Un volume est paru chez L‘Harmattan, indisponible. Nous avons édité un livre avec de nombreux poèmes traduits.

 

Ljóð án lags

 

Ég reyndi að syngja,

    en rödd mín var stirð og hás,

eins og ryðgað járn

    væri sorfið með ónýtri þjöl.

Og ég reyndi á ný,

    og ég grét og ég bað eins og barn.

Og brjóst mitt var fullt af söng,

    en hann heyrðist ekki.

 

Og brjóst mitt titraði

    af brimgný æðandi tóna,

og blóð mitt ólgaði og svall

    undir hljómfalli lagsins.

Það var söngur hins þjáða,

    hins sjúka, hins vitfirrta lífs

í sótthita dagsins,

    en þið heyrðuð það ekki.

 

Poème sans mélodie

 

J’ai essayé de chanter,

   mais ma voix était morose et enrouée,

comme acier rouillé

   limé en vain.

Et j’ai essayé de nouveau,

   et j’ai pleuré et prié comme un enfant.

Et ma poitrine était pleine d’un chant,

   mais il ne se fit pas entendre.

 

Et ma poitrine trembla

   d’un chant de brisants rugissants,

et mon sang gonfla, enfla

   sous le rythme de la mélodie.

C’était le chant de cette vie

   de souffrances, folle, malade -

en ce jour fiévreux,

   mais vous ne l’avez pas entendu.

 

Tíminn og vatnið

Le temps et l'eau,

 

1

 

Tíminn er eins og vatnið,

og vatnið er kalt og djúpt

eins og vitund mín sjálfs.

 

Og tíminn er eins og mynd,

sem er máluð af vatninu

og mér til hálfs.

 

Og tíminn og vatnið

renna veglaust til þurrðar

inn í vitund mín sjálfs.

 

3

 

Gagnsæjum vængjum

flýgur vatnið til baka

gegn víðnámi sínu.

 

Hið rauðgula hnoða,

sem rennur á undan mér,

fylgir engri átt.

 

Handan blóðþyrstra vara

hins brennandi efnis

vex blóm dauðans.

 

Á hornréttum fleti

milli hringsins og keilunnar

vex hið hvíta blóm dauðans.

 

 

1

 

Le temps est comme l'eau,

et l'eau est froide et profonde

comme ma propre conscience.

 

Et le temps est comme une image,

peinte d'eau à moitié

et de moi.

 

Et le temps et l'eau

courent sans chemin vers leur manque

en ma propre conscience.

 

3

 

Avec des ailes transparentes

l’eau fuit en remontant le cours

contre sa propre résistance.

 

Le fil jaune-rouge

qui court devant moi

ne suit nulle direction.

 

De l’autre côté des lèvres assoiffées de sang

de la matière brûlant

croît la fleur de la mort.

 

Sur la surface à angle droit

entre le cercle et le cône

croît la fleur blanche de la mort.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jón úr VÖR

(1917-2000)

 

Jón Jónsson, de son vrai nom, est né à Vatneyri, un village de pêcheur dans les fjords de l’ouest. Il est le septième d’une famille de quatorze enfants. Il est élevé par un ami de la famille, mais garde de bons contacts avec ses parents.

Dès douze ans il commence à écrire de la poésie, et l’argent qu’il gagne lui sert à acheter des livres. En 1935 il voyage à Reykjavik et s’y installe en compagnie d’un ami, Kristján Davíðsson, plus tard peintre célèbre.

Il publie un premier recueil à vingt ans, puis voyage à travers toute l’Europe : Suède, Allemagne, France…

Il vécut de nombreuses années en Suède, mais en 1947 retourna en Islande.

Ur Vör est un des premiers « poètes atomiques » ; ainsi appelés par certains de leurs contemporains qui les accusaient de vouloir « détruire » la poésie. Les poètes atomiques ont pris des libertés formelles importantes, mais leur écriture ne constitue pas non plus une rupture complète avec leurs prédécesseurs ; ils eurent des précurseurs : Steinn Steinarr, mais aussi Sigurjónsson, dans certains poèmes. Ils ne rejettent pas non plus le lyrisme ou le poème biographique, voire même l’anecdote. Ils s’inscrivent davantage dans une évolution poétique, qui se poursuit aujourd’hui encore.

Ég ber að dyrum, 1937 ; Stund milli stríða, 1942 ; Þorpið, 1946 ; myndskreytt af Kjartani Guðjónssyni, 1988 ; Með hljóðstaf, 1951 ; Með örvalausum boga, 1951 ; Vetrarmávar, 1960 ; Maurildaskógur, 1965 ; 100 kvæði, úrval, 1967.

« Le village », recueil de poème, est paru chez l’Harmattan.

 

Mot-clé

 

Tu t'es construit une prison

de ces mots dénués de sens.

-Tu ne sors plus.

 

Chaque nuit tu rêves

que le mot clé se murmure

à travers le mur -

mais alors tu t'éveilles.

 

 

 

Lykilorð

 

Þú hefur byggt þér fangelsi

úr þessum merkingarlausu orðum.

- Þú kemst ekki út.

 

Á hverri nóttu dreymir þig

að lykilorðinu sé hvíslað

gegnum múrinn -

en þá vaknarðu.